Quel avenir après le capitalisme ?

vendredi 2 janvier 2009
par  Communication Pcf 26

Tirant le bilan des expériences historiques socialistes, un ouvrage collectif poursuit le débat sur le dépassement des rapports marchands.

Y a-t-il une vie après le capitalisme ?

ouvrage collectif sous la direction de Stathis Kouvélakis. Éditions Le Temps des cerises, 2008, 18 euros.

Parti du constat que les échecs des expériences socialistes et le triomphe du néolibéralisme ont tué pendant trente ans toute capacité à imaginer une société alternative au capitalisme, cet ensemble de contributions vise non tant à ressusciter des utopies coupées de la réalité concrète qu’à « ouvrir la voie aux nécessaires expérimentations, à la fois sur le plan pratique et sur celui de la théorie, sans jeter par-dessus bord un acquis conquis de haute lutte ».

Le socialisme à venir est donc pris non comme « une peinture fantaisiste de la société future », mais comme un chantier multiforme, où les expériences passées sont non pas rejetées, malgré leurs échecs, mais utilisées pour construire de nouveaux possibles.

Le point commun de ces contributions, selon Kouvélakis, serait qu’elles « rejettent toutes le socialisme de marché » et ont pour commun objectif « l’abolition du salariat et la fin du statut marchand de la force de travail ».

En réalité, aux dires même des différents auteurs, personne n’envisage explicitement, dans une société de transition vers le socialisme, l’absence totale de rapports marchands, et les expériences passées de récupération capitaliste de l’économie solidaire et des coopératives autogestionnaires plaident pour la prudence dans les pétitions de principe.

Ainsi si Michel Husson les limite aux seuls marchés des biens de consommation, Thomas Coutrot laisse une large place aux mécanismes marchands : « libre choix des consommateurs, concurrence des producteurs, motivation par la rémunération de leurs efforts » ; la « socialisation » des investissements dans les entreprises autogérées et « l’interdiction du salariat » (en fait l’entreprise coopérative recruterait des travailleurs uniquement sur statut de coopérateur et non de salarié), ces deux axes de dépassement du capitalisme sont à confronter au bilan rigoureux et aux leçons que Catherine Samary tire de l’expérience autogestionnaire yougoslave (la conversion des collectifs autogestionnaires en entreprises capitalistes dans un environnement concurrentiel).

Peut-on ainsi parler d’ « abolition du marché du travail » à propos des « contrats d’activité » proposés par le rapport Boissonat, alors qu’il s’agit de contrats précaires soumis aux incertitudes du marché du travail, même si l’objectif est d’assurer une certaine continuité entre emplois successifs ?

Peut-on oublier, si l’on ne se réfère pas à un « homme nouveau » altruiste, disposé à partager gratuitement l’information, que la force des prix marchands tient justement à leur capacité à stimuler les producteurs ?

Ces quelques exemples montrent la complexité, les obstacles et les embûches d’une « guerre de positions où l’économie solidaire et le contrôle citoyen combineraient leurs conquêtes pour se constituer progressivement en alternative à l’hégémonie capitaliste » (Coutrot).

Le lecteur trouvera ici largement matière à débats dans les propositions d’échanges non marchands, macroéconomiques (Decaillot) et microéconomiques (S. Laacher et les SEL), mais aussi dans les très riches contributions mariant marxisme et écologie (« l’éco-socialisme » de M. Löwy, D. Schwatzman, et J.-M. Harribey), utopie et urbanisme (D. Harvey), utopie et éducation émancipatrice (S. Johsua).

Jean Lojkine, sociologue

Source : l’Humanité

http://www.humanite.fr/2008-12-05_Tribune-libre_Quel-avenir-apres-le-capitalisme