Uu bel exemple de décentralisation théâtrale en mileu rural par SERGE PAUTHE

mercredi 7 février 2018
par  PCF Drôme

UN BEL EXEMPLE DE DÉCENTRALISATION THÉÂTRALE EN MILIEU RURAL

Après 10 ans d’absence, la « Comédie Itinérante » du Centre Dramatique Drôme-Ardèche, conduit par Richard BRUNEL, est venu déposer son théâtre sur la scène municipale de Buis les Baronnies.
Avant d’évoquer le spectacle, on doit dire que l’événement premier, lorsque la Comédie itinérante de la Comédie de Valence s’installe au coeur des villages disséminés dans les deux départements de la Drôme et de l’Ardèche, est celui de changer le regard du spectateur en plaçant devant lui, « dans un lieu impropre au théâtre, un objet luxueux du théâtre ».
C’est exactement la formule qu’employait Antoine VITEZ en 1971 lorsqu’il tournait « ÉLECTRE » de SOPHOCLE, l’un des chefs-d’oeuvre du Théâtre Grec, drame entremêlé de poèmes de Yannis RITSOS, poète grec contemporain. Il installait le décor de Yannis KOKKOS , dans les gymnases ou les préaux d’école de la banlieue parisienne et le public d’alors, au lieu d’être confiné dans une salle des fêtes municipale ou confessionnelle, avec sa petite scène encapuchonnée de rideaux noirs, trou du souffleur ou rideau de scène rouge qui grince en s’ouvrant, découvrait ce lieu magique qu’il n’avait jamais vu … C’était, pourrait-on dire, une nouvelle révolution au théâtre que d’amener « cet objet luxueux » dans un lieu peu propice à recevoir une création contemporaine.
La Comédie de Valence a présenté l’une de ses dernières créations : « PROUVE-LE », texte de Lucie VÉROT, mise en scène de Marianne BARTHÈS. Interprété par Simon ALOPÉ et Charlotte RAMOND.
Une pièce vraiment d’actualité où les deux brillants interprètes racontent, en jouant tantôt les personnages et les récitants, comment deux élèves d’un collège sont pris par la frénésie du complot (ou de la fausse rumeur), et déglinguent de ce fait l’un de leurs professeurs. C’est une pièce vraiment d’actualité qui ne peut pas nous laisser indifférent. Car ce qui se joue finalement devant nous est l’une de ces malveillances reproduites à satiété dans des cerveaux encore ignorants et brassées continuellement par ces réseaux qui ne s’arrêtent malheureusement pas de fonctionner à la nuit tombée au moment de notre sommeil réparateur. Enfants comme adultes peuvent, en voyant ce spectacle, réfléchir aussi à la proie vivante qu’ils risquent d’être s’ils ne se sortent pas de cet étau invisible.
C’est une pièce édifiante écrite dans l’urgence du moment. Comment donner à voir ce qui peut se passer dans des têtes d’enfants encore ignorantes et qui prennent pour argent comptant tout ce qui intervient fragmentée sur les minuscules écrans des téléphones portables. Qui gobent toutes ces informations, la plupart du temps erronées, et qui tombent en cascade aussi rapidement que les chutes du Niagara. Si vite que si vous ratez l’image qui vous a tapé dans l’oeil, vous ne la rattraperez qu’en remontant le courant. Au péril de votre acuité visuelle qui risque d’enflammer votre glaucome, n’attendant qu’une occasion propice pour sortir de sa tanière.
« Il faut de tout pour faire un monde », dit-on. Le Théâtre est un vaste monde où sont brassés, depuis presque la Nuit de Temps, tout ce qui tonne et rugit dans nos entrailles d’humains. De temps en temps, un poète survient et donne un relief et des couleurs,… Bref ! une parole à ce que nous ne pouvons exprimer. Le premier que nous connaissons s’appelait Homère…
Voici donc un bel exemple de ce que doit être le THÉÂTRE-SERVICE PUBLIC. Donner à voir une pièce contemporaine. Sans luxe, ni vedettes, coiffant la distribution de soutiens anonymes. Mais au contraire ! Mettant au premier plan une oeuvre opportune, servie par des artistes talentueux, un public éloigné des grandes agglomérations.
Et qu’il est utile de rassembler, pour un prix modique, afin qu’il goûte lui aussi aux saveurs et à l’urgence de la création contemporaine.
Serge PAUTHE