Notre camarade Jack Ralite nous a quittés. Témoignage de Serge Pauthe

mercredi 22 novembre 2017
par  PCF Drôme

« Je suis profondément bouleversé. Ému jusqu’aux larmes. 
Pour les artistes de ma génération, et les suivantes aussi puisqu’il est venu en Avignon encore récemment animer un débat sur la Culture, il était un guide, un phare comme VILAR et VITEZ .
Il nous offrait des armes pacifiques, toutes de passion et de réflexion, pour devenir des citoyens actifs et exigeants au sein de la Cité afin de donner aux hommes et aux femmes de notre Temps de vivants sur la terre, le meilleur accès à la Culture.

C’est Jean VILAR qui l’a invité en Avignon, lors de la première rencontre qu’il avait organisée pour la défense de la Culture et du Théâtre Vivant. C’était en 1964, je crois.

VILAR voulait associer les artistes et les politiques dans une réflexion commune. Jack RALITE était adjoint à la culture de la ville d’Aubervilliers. Et tout de suite, il porta très haut le débat avec son accent rocailleux de Châlons sur Marne d’où il était natif. Accent qui ne l’a jamais quitté et qui le rendait si proche de nous, lors de ces prises de parole en Avignon.
Il savait démonter les mécanismes de la roublardise et du mensonge dont les artistes étaient souvent les victimes d’un pouvoir chichiteux en matière culturelle. Il nous donnait tant de grains à mordre pour résister à l’apathie, au laisser-faire, à l’ignorance crasse de certains "décideurs", paradant aussi bien dans les théâtres que dans les ministères. Il était pour la clarté et la Vérité. Personne n’oubliera combien ces propos publics étaient émaillés de citations de poètes, de savants et d’écrivains.

Jack Ralite était une encyclopédie vivante. Mais son savoir restait humble, tel un homme issu du terroir.
Pas de trace de parisianisme dans son propos. Ni d’orgueil de tout savoir. Alors qu’il ne savait proposer qu’une chose : ensemencer les esprits par ses fulgurances et nous tenir debout face à l’adversité. 
Il allait tous les soirs dans les lieux publics réservés au théâtre, aux musées...
Il côtoyait inlassablement les artistes, des plus humbles aux plus reconnus. Il parlait d’Art et d’or, cet homme qui va nous manquer aujourd’hui. Car c’était une voix qui ne laissait rien passer. Et aujourd’hui, quand je pense à ma fille, directrice du Centre Dramatique National de Besançon et à tous ses collègues, hommes et femmes occupant des postes identiques, je me dis que, face aux chipotages et à l’absence de vision culturelle de ceux qui nous gouvernent, ils auraient bien besoin d’un politique de cette trempe pour les aider à convaincre leurs interlocuteurs de ne pas détruire ce qui a été bâti depuis 70 ans, depuis la création du premier centre dramatique à Colmar.

J’ai pris et appris tant de choses de lui car j’ai eu cette chance de le voir à l’œuvre chez lui à Aubervilliers lorsque j’étais avec CHÉREAU à Sartrouville avant 1968. Je pouvais venir lui demander conseil quand je participais à l’élaboration d’une politique culturelle pour le théâtre. Plus tard, il fut l’un des premiers spectateurs de « LA BATAILLE DE CHAILLOT »à la Maison Jean Vilar en Avignon.
Il souhaitait même participer au spectacle en incluant ses propres commentaires. C’était une idée mais mon éloignement de Paris ne l’a pas permis. Je l’ai revu, il y a deux ans, à la fête de l’Humanité. Il dédicaçait son dernier livre : "Aragon d’hier à aujourd’hui" co-écrit avec Olivier Barbarant. Je relis ce soir avec beaucoup d’émotion son petit mot écrit à mon intention : « Pour Serge Pauthe, ce petit livre sur "Le luxe de l’inaccoutumance" pour tous et pour chacun, habité aussi par le souvenir de Jean Vilar, notre référence commune".
Je ne l’ai pas revu depuis mais il est tant présent dans mes souvenirs les plus intenses de ma vie théâtrale.

Tristesse...Chagrin...Ce soir, la scène est vide. Ce n’est pas un acteur qui s’en va. mais un spectateur UNIQUE, le spectateur actif. Qui agit. Non pas pour régler le mécanisme de la scène. Mais pour relier notre Art aux mouvements incessants d’un monde écartelé. 

Au revoir, Jack Ralite. Ça va aller, va ! Tu peux prendre à ton compte ce bel exergue de René Char :
" J’ai confectionné avec des déchets de montagnes des hommes qui embaumeront quelques temps les glaciers".
On va essayer de tenir le plus longtemps possible mais, pour cela, il ne faut pas perdre la mémoire, cette mémoire commune dont tu fus l’un des humbles forgerons, pétri d’humanisme et de foi en l’homme ».

Serge PAUTHE


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