Il y a 70 ans, le 4 décembre 1947, Albert Thivolle se souvient !

vendredi 24 novembre 2017
par  PCF Drôme

Le 4 décembre 1947, sur ordre de Jules Moch , ministre de l’intérieur, la police tire sur les grévistes en gare de Valence.
Le cheminot Penel (père de 3 enfants), l’ouvrier du parc d’outillage Chaléat (père de trois enfants), l’ouvrier du bâtiment Justet (père de trois enfants) sont abattus.
Des dirigeants départementaux du PCF et de la CGT comme Antoine Plan, Perrichou, Eugène Revel, sont traduits en justice.
Le principal artisan de cette répression fut le socialiste Jules Moch (1893), ministre de l’Intérieur de novembre 1947 à février 1950, qui assumera jusqu’à sa mort (1985) l’usage de cette violence d’Etat contre le « péril rouge ».

Albert Thivolle né en 1926, militant du PCF, infatigable diffuseur de l’Humanité, secrétaire du syndicat CGT de cheminots de Valence de 1958 à 1968, se souvient de ce 4 décembre 1947.

Les Allobroges  : dans quel contexte politique et social ce rassemblement en gare de Valence a t’il été si violemment réprimé ?

Albert Thivolle : « On compte dans le pays plusieurs millions de grévistes durant l’année 1947. Après l’éviction des ministres communistes du gouvernement Ramadier, droite et socialistes remettent en cause le statut des mineurs, des cheminots, des gaziers et électriciens, des travailleurs de chez Renault. Une répression inouïe s’abat sur la classe ouvrière. L’automne 1947 connaît des grèves violentes. On occupe les usines, les carreaux de mines, les gares. A Valence, la gare est occupée par les grévistes. Nous étions en grève « pour le pain » quand le sang a coulé. … »

Les Allobroges  : qui a donné l’ordre d’intervenir et de tirer ?

Albert Thivolle : « La grève s’est durcie en gare de Valence. En grève depuis fin novembre, nous votions chaque jour pour sa reconduction. Chaque gréviste faisait tamponner sa carte de gréviste. Je l’ai encore chez moi…
Le 4 décembre, l’ordre a été donné d’évacuer l’assemblée des grévistes. C’est Jules Moch, ancien député de la Drôme, battu aux élections de 1936, devenu Ministre de l’Intérieur qui a ordonné l’intervention d’une compagnie de CRS de Pierrelatte.
La police a tiré. Le bilan est lourd : 3 morts, 14 blessés.

Dans le même temps, un détachement de l’armée venu de la caserne Baquet de Valence a été dépêché pour faire évacuer la gare, devenue noire de monde.
Les grenades lacrymogènes fusaient de partout.
La tension était à son comble. Je me souviens que Maurice Michel, député communiste de la Drôme, ceint de son écharpe tricolore était là…
Stoppé par les militaires, il a su s’interposer malgré le grand désordre qui régnait sur le parvis de la gare.
Je suis convaincu, que sans son intervention, le bilan aurait été beaucoup plus lourd ».

Les Allobroges : tu étais un jeune cheminot de 21 ans, déjà très engagé, politiquement et syndicalement, comment as-tu vécu cette période ?

Albert Thivolle : « J’avais 21 ans. En 1946, alors que j’étais dans la marine, j’ai adhéré au PCF durant une permission et milité alors dans la cellule de Valensolles. Je suis rentré à la SNCF le 11 février 1947 et une semaine après j’ai pris ma carte à la CGT. Déjà, les grèves se généralisaient. La SFIO, soutenue par la droite et le patronat, préconisait le blocage des salaires alors que les prix continuaient à grimper.

Le PCF soutenait les revendications pour une augmentation du pouvoir d’achat, devenu possible avec les résultats positifs de l’économie du pays. D’ailleurs, dès novembre 1945 et l’application des grandes conquêtes telles que la Sécurité sociale, les nationalisations, le patronat n’a cessé de retarder ou de saboter l’application du programme du CNR.
Les tensions étaient très vives, notamment à propos du blocage des salaires et de la flambée des prix. Et pour en finir avec la politique sociale à l’intérieur du pays, il fallait écarter les communistes !
Déjà des grèves se généralisaient. La scission syndicale et la création de FO se précisaient. Et il y avait là un problème… Il y avait des grévistes, des socialistes, anciens prisonniers des camps, engagés à nos côtés. Mais on savait aussi qu’avec l’arrivée de Jules Moch comme ministre, il y avait des « tractations » entre eux. Certains, « mi-chèvre, mi-chou » avaient repris le travail. Le climat était très tendu, dans un contexte où l’on faisait grève « pour le pain ».

Les Allobroges  : Après les tirs et les morts qui s’en suivirent, comment les valentinois ont-ils réagi ?

Albert Thivolle : « La gare SNCF était occupée de l’intérieur. Ça a tiré. Il y avait beaucoup de monde devant la gare .Et une colère immense a éclaté a ciel ouvert. Fait rare, le lendemain de la fusillade, quelques gendarmes se sont rendus à l’UD CGT pour remettre leurs galons et faire part de leur démission ! Bien sûr, ils n’étaient que quelques uns et cela n’atténua en rien la rancœur qu’ont eu les cheminots, des années durant, lorsque des fonctionnaires de police venaient se mettre au chaud dans les locaux de la gare durant les nuits d’hiver. J’étais contrôleur et je m’en souviens, eux aussi sûrement…
Pour ce qui me concerne, et comme pour beaucoup de mes camarades, durant plusieurs jours qui suivirent le 4 décembre, je n’y voyais plus rien. Mes yeux étaient brûlés par les gaz lacrymogènes. Je me souviens qu’on m’avait conduit avec ma mère chez un ophtalmo, avenue de la gare, avenue Pierre Semard. Ce toubib s’était écrié, « Mais qu’est ce qu’il est allé faire là-bas cet âne ! ».
Cela nous avait révoltés. Il faut savoir qu’il y avait dans cette avenue quelques commerçants (dont je tairai les noms), très réactionnaires …
D’une manière générale, la colère et l’émotion étaient considérables dans la population. Un ministre socialiste de la République avait fait tirer sur le Peuple !
Les rassemblements de soutien aux victimes et aux grévistes étaient nombreux.
Pour les obsèques de nos camarades lâchement assassinés, une foule immense était venue. Je n’avais jamais vu tant de monde depuis la libération de Valence devant la gare et dans les rues.
Et durant toute ma vie de militant, je me souviendrai de Jules Moch, de ce gouvernement qui n’a pas hésité à faire tirer sur les grévistes, à employer des gaz lacrymogènes, à mettre tout en œuvre pour venir à bout de la résistance ouvrière ».

Propos recueillis par Pierre TRAPIER pour les Allobroges

Rendez-vous Lundi 4 décembre à 10 H 00, gare de Valence,
pour la commémoration de cet évènement.


On vous attend TOUS au rassemblement le lundi 4 décembre 2017 à 10H au parvis de la gare de Valence pour commémorer le 70 éme anniversaire de la fusillade de la Gare de Valence du 4 décembre 1947.

Lors du rassemblement il y aura 3 prises de paroles.
A l’issue un pot de l’amitié sera offert par l’UD CGT 26, dans les locaux de l’UNION DEPARTEMENTALE 17 rue Georges Bizet 26 000 VALENCE.

Une remise de médaille sera faite pour 2 camarades présents lors de la fusillade de 1947.

Cordialement,

UD CGT de la Drôme
Tél : 04 75 56 68 68
Mail : ud@cgt26.fr


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