Pierre IVORRA sur le partage des richesses

L’Huma du 22 mars
jeudi 23 mars 2017
par  PCF Drôme

Quel partage des richesses ?

Le contraste entre les conditions de vie de la masse de la population et la minorité privilégiée suscite colère et indignation. En 2015, selon l’Insee, les dividendes perçus par les ménages (des ménages plutôt aisés) ont encore progressé de 6,4 % après une hausse de 3 % en 2014. A l’opposé, selon l’Institut, le pouvoir d’achat du revenu disponible brut (salaires, revenus du patrimoine, …) des ménages par unité de consommation (le nombre de personnes du ménage est ramené à des unités de consommation) a progressé de 1,1 % en moyenne en 2015, mais cette amélioration intervient après un recul de 2,8 % entre 2011 et 2014. 5 % des ménages les plus fortunés possèdent le tiers du patrimoine des ménages. A l’opposé, en 2014, 14,1 % de la population, vit en dessous du seuil de pauvreté monétaire.
Les forces de gauche qui veulent s’attaquer à ces inégalités proposent traditionnellement un autre partage des richesses mais sans toujours voir qu’il y a des façons de partager plus efficaces que d’autres. Ce sont celles qui aident à modifier les critères de production de ces richesses. Ainsi, il ne s’agirait pas seulement de relever l’impôt sur les sociétés, mais surtout d’en faire un outil incitatif à la création d’emplois : il serait particulièrement augmenté pour les entreprises qui taillent dans leurs effectifs pour relever leurs profits et réduit pour celles qui embauchent, développent la valeur ajoutée, la recherche, la formation, …

Mais quelle cohérence il y aurait-il à s’arrêter en chemin ? Peut-on partager efficacement les richesses si on ne fait rien pour les produire autrement ? Peut-on espérer infléchir les gestions d’entreprise si l’on n’intervient qu’en aval, si l’on ne s’occupe pas de ce qui se passe en amont ? Il serait vain de sanctionner financièrement une entreprise qui délocalise si l’on ne s’est pas donné les moyens de l’empêcher de délocaliser. Il faut donc que les salariés aient un droit d’intervention sur la gestion de leur entreprise et qu’ils soient en mesure de proposer des alternatives aux plans de licenciements et aux mesures de régression sociale.
Cela d’autant que la cupidité des gros actionnaires n’est pas le seul facteur qui entretient l’obsession de la baisse du coût du travail au sein des directions.

La façon dont la production de richesses est financée y contribue de manière décisive, les banques elles-mêmes donnant la priorité pour leurs crédits aux opérations qu’elles jugent les plus rentables, souvent contre l’emploi, les salaires, les productions. Il faut donc financer autrement, maîtriser les réseaux de l’argent pour partager autrement.