Retenez Gattaz, ou il fera un malheur

Adrien Rouchaleou / L’Humanité du mercredi 20 Avril
mercredi 20 avril 2016
par  PCF Drôme

Le medef menace de suspendre les négociations sur l’assurance chômage s’il n’obtient pas pleine satisfaction sur la loi travail.

S’il y avait des cartes de fidélité pour les coutumiers de cette rubrique, celle de Pierre Gattaz serait en or. Le patron du Medef, sans doute habitué depuis le début du quinquennat à n’avoir qu’à réclamer pour obtenir du gouvernement ce qu’il souhaite, s’est fendu hier d’une « mise en garde solennelle », à la suite d’une réunion du conseil exécutif de l’organisation patronale. Alors que, par milliers, les jeunes reprennent les rues et les places pour s’inquiéter des menaces que font peser sur leur avenir la loi El Khomri, le Medef, toujours plus décomplexé, exige de revenir à la version initiale, car les changements annoncés à la marge introduiraient « de nouvelles complexités, contraintes et sanctions ».

Selon les patrons, « il existe désormais une très forte défiance de l’ensemble des chefs d’entreprise sur ce projet ». Pierre Gattaz continue : « Il n’est plus question aujourd’hui de continuer à faire semblant, à travailler dans une logique absurde de “donnant-donnant”. » Nous ne saurons pas ce que le patronat a « donné » depuis 2012, mais une chose est sûre : il ne veut plus désormais que recevoir. Les 41 milliards d’euros du pacte de responsabilité ne suffisent plus.

Mais Gattaz second du nom ne fait pas qu’exiger. Il menace aussi. « Nous avons atteint aujourd’hui notre point de rupture. Si rien ne bouge sur ce texte de loi, d’ici trois semaines, nous en tirerons les conséquences, au-delà du simple texte de la loi, sur l’ensemble du dialogue social, et le gouvernement et les députés récolteront ce qu’ils auront semé. » En clair, dans un coup de menton, le Medef menace de se retirer des actuelles négociations sur l’assurance chômage.

Pauvre Hollande qui avait fait du « dialogue social » le marqueur de son quinquennat et qui s’en retrouve fort mal payé par les patrons auxquels il n’a pourtant jamais rien refusé. Mais Gattaz a raison : le gouvernement récolte ce qu’il a semé. À trop gâter Gattaz, on finit par le pourrir.