Entreprise Jourdan : une gabegie d’argent public !

mardi 1er mars 2016
par  PCF Drôme

Il y a des dossiers comme cela où le sort s’acharne. Tel semble être le cas de l’ex-entreprise Jourdan qui sera passée par toutes les affres d’un système, en l’occurrence le capitaliste financiarisé, dont l’avidité d’argent frais, et qui dit argent frais dit souvent argent public, ne semble jamais rassasiée.

Un petit brin d’histoire sur un processus qui a conduit à la liquidation d’un fleuron de l’industrie de la chaussure de luxe de Romans et à mettre sur le carreau 500 salariés.

Sans remonter aux calendes l’avidité financière des dirigeants de cette entreprise s’était une première fois manifestée en 1982. Le Premier Ministre de l’époque leur avait alors consenti la cession de la licence internationale Jourdan à une société domiciliée en Suisse. Puis, c’est au moment du passage aux 35 heures en 2001 que l’argent public a commencé à être déversé à flot pour un montant de 5 millions d’euros.

Peu de temps après, face à une gestion calamiteuse qui visait à liquider l’entreprise de production Jourdan de Romans, la communauté de communes du pays de Romans achetait pour un montant de 1 200 000 euros les locaux et terrains de cette société pour en renflouer les comptes dans l’espoir d’un ultime sursaut. Mais cela n’empêcha pas le prononcé de la liquidation définitive par le tribunal de commerce le 17 décembre 2007.

Dernier épisode en date, la vente du tènement Jourdan à Domitys, spécialiste n°1 des Résidences Services Seniors. Les investissements réalisés dans ce type d’hébergement offrent la possibilité de réductions d’impôt à tout acquéreur ayant choisi de placer ainsi son épargne. Spéculer sur la vieillesse devient ainsi une activité lucrative comme une autre !

Mais le feu a été mis aux poudres par le montage financier prévu par la collectivité locale de Romans pour permettre à Domitys d’acquérir à bas pris ces terrains et locaux. Sans aucun engagement de la part de Domitys, que ce soit en matière de créations d’emplois locaux, d’offre financièrement attractive pour les personnes âgées de la localité, de suivi et d’entretien de cette future résidence, la collectivité s’apprêtait à faire un cadeau de 600 000 euros. Le m2 était en effet cédé pour 40 euros alors que mis en état, il était évalué par le service des domaines à 110 euros. Pour l’heure cette opération a été stoppée suite à l’intervention d’élus d’opposition dont des élus communistes qui ont voté contre, lors de réunions du conseil municipal de Romans et du conseil communautaire de la communauté d’agglomération Valence Sud Rhône-Alpes. Pour autant la vigilance sur ce dossier demeure de mise, les populations concernées devant être clairement informées de tous les tenants et les évolutions de ce dossier.

Un tel scénario a en effet de quoi donner des cauchemars aux ex-salariés de Jourdan qui ne manqueront pas d’apprécier avec quelle aise on a utilisé et on voudrait encore utiliser l’argent de leurs impôts locaux. Désarmés, pour l’heure ils ne peuvent malheureusement que constater une double spoliation. La première les a privé de leur emploi sur l’autel de la baisse du coût du travail, la seconde voulait poursuivre sur la voie de la dilapidation des deniers publics dans le but de favoriser un investissement privé juteux sans que le troisième âge local puisse espérer un quelconque d’accès à ces résidences vu les tarifs affichés.

Si on ajoute aux sommes évoquées les 500 000 euros dépensés en impôts locaux et autres charges de gestion par la collectivité propriétaire de ce tènement depuis 10 ans, cela représente, le cadeau à Domitys compris, 7,3 Millions d’euros d’argent public. Soit 7,3 millions d’euros déversés pour entériner la fermeture d’une entreprise et la disparition de 500 emplois.

Imaginons un instant les possibilités de développement de l’entreprise Jourdan que cette somme d’argent aurait pu permettre d’envisager si elle avait été affectée à une logique de relance réelle de la production de chaussures, cela sous contrôle des salariés et des citoyens ? Encore mieux, imaginons le crédit bancaire que cet argent public aurait permis de mobiliser s’il avait servi à prendre en charge (bonifier) des taux d’intérêts bancaires par exemple, à 4 % ? C’est 175 millions d’euros de crédit bancaire donc d’investissements que ces 7 millions d’euros auraient permis de mobiliser. Largement de quoi avec l’intervention des salariés, moderniser l’outil de travail de cette entreprise et reconnaître les niveaux de qualification de ses salariés dont le savoir-faire était et demeure reconnu de tous.

Cette solution est celle que proposaient à l’époque les communistes. C’est également celle qu’ils portent encore aujourd’hui dans le cadre d’un projet plus global de sécurité d’emploi ou de formation pour une relance de l’activité à Romans comme dans toute la France. Ces propositions, cette alternative, les communistes veulent les exposer devant chaque salarié, devant chaque citoyen tout au long d’une campagne nationale pour l’emploi qu’ils souhaitent inscrire sur le fond et dans la durée pour une transformation radicale de la vie de chacune et de chacun faite de sécurité et non de précarité, d’espoir, de partage et de solidarité.

S’agissant du devenir du tènement Jourdan, les communistes de la section de Romans et Bourg de Péage, réitèrent leur proposition de projet industriel. Ils se prononcent pour la création sur ce lieu d’une pépinière d’entreprises du cuir et de la chaussure et la construction d’un nouvel Afpic, avec pourquoi pas la construction d’un hôtel. L’objectif est de relancer sur le bassin romano-péageois une vraie industrie de la chaussure, assise d’un nouveau projet industriel local intégrant une diversité d’activités.
Jean-Marc DURAND.