Journalisme en Turquie

jeudi 25 février 2016
par  PCF Drôme

Accusés de divulgation de secrets d’Etat, ils risquent la prison à vie : deux journalistes du quotidien réputé Cumhuriyet, incarcérés depuis le 26 novembre dernier, ont vu le parquet turc requérir contre eux une peine de réclusion à perpétuité.

Can Dündar, rédacteur en chef de Cumhuriyet, et Erdem Gül, son chef de bureau à Ankara, avaient diffusé en mai une vidéo de l’interception, en janvier 2014 à la frontière syrienne, de camions appartenant aux services secrets turcs (MIT) et transportant des armes destinées à des rebelles islamistes syriens. Ils travaillent pour l’un des principaux journaux d’opposition du pays "Cumhuriyet".

Le président Tayyip Erdogan avait qualifié la diffusion de la vidéo par Cumhuriyet d’acte de « trahison » et promis lors d’un entretien à la télévision que Can Dündar allait « payer le prix fort ».
Selon l’acte d’accusation, il leur est reproché d’avoir divulgué des secrets d’Etat « à des fins d’espionnage », d’avoir cherché à renverser le gouvernement turc « par la violence » et soutenu une « organisation terroriste armée ». En attendant les deux journalistes restent incarcérés à la prison de Silivri, en banlieue d’Istanbul.

Leur procès débutera le 25 mars. Une délégation venue en France, comprenant notamment les épouses des deux journalistes et leur avocat, s’est rendue au Parlement européen et au Quai d’Orsay grâce aux syndicats français SNJ, SNJ-CGT, CFDT journalistes, qui sont membres de la FEJ et de la FIJ*. Plus de 70 journalistes demeurent incarcérés en Turquie.

Les journalistes turcs présents ont évoqué également les conditions de détention très strictes des deux journalistes - pourtant en préventive - confinés dans les neuf mètres carrés de leur cellule et en total isolement. Ils n’ont ainsi pas le droit à une machine à écrire et ne peuvent recevoir leur famille qu’une fois par semaine.

En parallèle, il y a interdiction d’enquêter sur les liens entre le gouvernement et les combattants islamistes en Syrie, la corruption et la répression vis-à-vis des Kurdes.
Les journalistes turcs ont énormément de difficulté à se rendre dans le Sud-Est du pays pour informer sur les affrontements. Un silence médiatique alors que des massacres ont lieu comme à Cizre.

Pour pousser l’analyse, il est important de citer également l’arrestation des membres du Front Populaire, opposants marxistes, qui est également maintenue sous silence.
Que se passent ils réellement au niveau diplomatique ? L’Europe a relancé le plan d’intégration de la Turquie à l’Union Européenne en échange que la Turquie accueille les migrants syriens mais en écrasant les valeurs des droits de l’Homme. Que font les journalistes d’investigation ?

La Turquie, un état parti fasciste, un autoritarisme présidentiel, une société fracturée, qui se pointe à la 149ème place au classement mondial de la liberté de la presse, publié par Reporters sans frontières (RSF), derrière la Birmanie (144ème), le classement comportant 180 pays.

Entend-on François Hollande ou Manuel Valls s’élever contre ces pratiques ? Dénoncent-ils les massacres au Kurdistan ?

DOGAN PRESSE