Migrant-e-s et Réfugié-e-s, où en sommes-nous ? »

jeudi 17 décembre 2015
par  PCF Drôme

« La frontière délimite un au-delà, qui effraie et fascine à la fois. Elle est d’abord un lieu de séparation, entre des Etats, entre des communautés, une démarcation entre nous et eux, et de ce fait elle est un élément constitutif des identités et des groupes. »
Michel Warschawski » (Monde diplomatique avril-mai 2013).

La conférence-débat « Migrant-e-s et Réfugié-e-s, où en sommes-nous ? » co-organisée par l’Asti Valence, la Fasti et des citoyens le samedi 5 décembre a réuni quelque 130 personnes à la Maison des syndicats à Valence. 
Un beau succès pour les organisateurs qui avaient invité Catherine Withol de Wenden et Alban Costa, afin que la directrice de recherche au CNRS, spécialiste des migrations internationales, et l’avocat grenoblois spécialiste de droit des étrangers, croisent leurs approches scientifique et juridique sur la question des migrations. 
La conférence a été enrichie des témoignages des MIE (mineurs isolés étrangers) et des interventions militantes des associations travaillant localement avec les migrants, les réfugiés, sans-papiers et demandeurs d’asile. Une conférence utile pour prendre du recul par rapport au bain médiatique qui concerne les réfugiés, et rappelait que des migrants sont déjà parmi nous dans l’espoir de construire leur avenir en France et dans d’autres pays d’Europe.
La frontière est un lieu de confrontation, « une zone sinistre de domination et de terreur », pour Catherine Withol de Wenden qui plaide, en ce 21ème siècle, pour une élévation à la reconnaissance « d’un droit international à la mobilité pour tous ». 

On s’aperçoit régulièrement que l’idée des frontières nationales en Europe colonise encore les esprits. Pour preuve, François Hollande avait subitement avancé, dans sa réponse sécuritaire aux attentats du 13 novembre 2015 et l’application de l’état d’urgence, la mesure de fermer les frontières françaises, avant d’abandonner sur le champ, l’idée absurde.
Le quotidien de son métier fait qu’Alban Costa dresse une analyse radicalement critique du droit des étrangers en France. Pour se « protéger » d’une immigration qu’ils perçoivent comme une menace, les pays riches renforcent leurs frontières, construisent des murs toujours plus hauts. En ce sens, pour l’avocat, la France n’a de cesse d’élaborer une législation drastique qui vise à criminaliser ceux qui ont pris le chemin de l’exil dans l’espoir d’une vie meilleure.
Notre réalité sociologique étant plurielle, nous sommes tous entourés de multiples frontières psychologiques. Encore faut-il en prendre conscience, et pour ce faire, combattre la tentation permanente de réduire son identité à une réalité unidimensionnelle matérialisée, hier par les frontières de l’Hexagone, aujourd’hui par les barbelés aux portes de l’espace Schengen. Car ils sont trop nombreux - le vote FN et plus largement le vote à droite nous l’ont enseigné lors des élections régionales toutes récentes - ceux qui veulent à tout prix nous pousser à nous définir et à nous penser uniquement en fonction d’un drapeau.

Alors comment réfléchir dans un système économique mondialisé qui place les Etats en concurrence les uns avec les autres - dans quel pays trouvera-t-on les travailleurs les moins payés, le code du travail le moins protecteur des salariés ? Car il reste illusoire de croire encore que les frontières agissent comme des barrières contre les délocalisations, le dumping social ou la main-d’œuvre immigrée à bas prix. La solution passe certainement bien plus par la coopération entre les Etats, le transfert des savoirs et des technologies, le renforcement des luttes sociales ici et là-bas. Celles et ceux qui tentent en ce moment-même d’atteindre l’Europe comptent sur nous.

Vincent MESONA