LE VENTRE DE LA BÊTE IMMONDE EST TOUJOURS FÉCOND

jeudi 10 décembre 2015
par  PCF Drôme

Alors que l’Europe traverse la plus grave crise économique depuis les années 20 et alors que c’est cette même crise qui donnera il y a presque un siècle, le pouvoir au fascisme, d’abord en Italie, en Allemagne, en Espagne puis en France, il n’est pas inutile de rappeler quelques éléments de compréhension sur l’ascension du Front National et des dangers qui en résultent.
Le fascisme a trouvé son aboutissement exacerbé dans le nazisme et aurait pu disparaître dans les ruines de sa folie dévastatrice. Il a pourtant survécu au delà des aléas de la vie politique sous la forme de mouvements réactionnaires prêts à tout moment à se transformer en parti fasciste, dans une économie libérale, que l’extrême droite n’a jamais remis en cause. Le patronat français avait même en son temps préféré Hitler au Front populaire. C’est dire …

C’est bien à la faveur de la crise économique de 1929 que le NSDAP (Parti national socialiste des travailleurs allemands ), d’extrême droite allemand, a gagné en importance au fil des scrutins électoraux, jusqu’à obtenir aux élections parlementaires de Novembre 1932, 33,1 % des voix.
Ce résultat permettra à Hitler d’être nommé chancelier le 30 Janvier 1933. Il ne faudra que quelques mois à Hitler pour s’emparer sans partage du pouvoir et l’incendie du Reichstag le 27 Février 1933, pour interdire le Parti communiste dont les leaders et 10000 militants sont arrêtés. Dès le lendemain, Hitler obtiendra du Président du Reich, des pouvoirs de police exceptionnels dans tous les Lander et la promulgation du « décret pour la protection du peuple et de l’État », qui met fin aux libertés civiques. Le 23 Mars 1933, les députés du centre (Zentrum) rejoignent les nazis et les conservateurs pour voter les lois qui confèrent à Hitler les pleins pouvoirs. Goebels, ministre de la propagande, commence à faire « nettoyer » les bibliothèques universitaires et les ouvrages écrits par des auteurs jugés « indésirables ». Les professeurs et les étudiants assisteront à la destruction des livres, dans de gigantesques bûchers, parmi lesquels les ouvrages de Voltaire, Karl Marx, Sigmun Freud, Berthold Brecht...
L’opposition sera décapitée. Les syndicalistes les plus actifs seront enfermés puis exécutés. La dictature est installée. Au bas de la hiérarchie des peuples, sont placés les Slaves et encore en dessous les Juifs. L’antisémitisme est d’ailleurs au centre de la conception nazie du monde.
On pourrait penser que la démocratie d’aujourd’hui est plus forte que celle du passé en raison d’une certaine expérience. Il n’en est rien. Le libéralisme et les dégâts humains qui en résultent, la mise en concurrence des peuples, le populisme sur « la France aux français » et la désignation des Musulmans comme nouveaux bouc-émissaires, sont les ingrédients de l’extrême droite d’aujourd’hui pour servir la même soupe fasciste qu’hier. Et tous les mouvements d’extrême droite européens se nourrissent dans le même plat. Le ventre de la bête immonde est toujours bien fécond et les communistes comme hier, seront comme toujours, en première ligne pour combattre ces accouchements mortifères.
Regardons y de bien près. Dans les villes FN, l’interdiction des manifestations culturelles ou la fermeture d’équipements culturels, la traque des réfugiés, le fichage ethnique, rappelle les heures les plus sombres de l’Histoire. Et combien de candidats FN, de militants propagent des discours d’une haine inouïe sur les réseaux sociaux ou par voie de tracts ! De partout, ils encouragent le racisme, de partout ils défendent la baisse des dépenses publiques et préfèrent rembourser les banques. De partout, le Front national s’oppose aux syndicats et défend l’ordre patronal. Non, l’extrême droite n’est pas antisystème. Elle est le promoteur d’un système où les inégalités et le racisme règnent en maître.
Face au parti fasciste, sauf à oublier l’Histoire et à faire fi du devoir de mémoire, il nous revient de faire connaître la vérité. En déroulant le tapis rouge au FN, les médias portent dans la montée de l’extrême droite, une responsabilité écrasante. Alors que le rôle des médias est de garantir le pluralisme, d’organiser des débats contradictoires et de tenir un discours de vérité sur le projet du FN, force est de constater qu’ils ont choisi d’exclure le Parti communiste du débat pour faire place nette à l’extrême droite et aux beaux parleurs de la stratégie du renoncement .
Beaucoup de « démocrates » en usent. Ces dernières années, les « Républicains » et le Parti socialiste ont apporté beaucoup de carburant au FN, dans leur lutte pour conquérir le pouvoir. Ils espèrent chacun en faire leur adversaire au second tour de la présidentielle. Cela prête à vomir. N’est ce pas Pierre Bérégovoy, premier ministre socialiste qui déclarait, « on a tout intérêt à pousser le Front national, il rend la droite inéligible. Pus il sera fort, plus on sera imbattable. C’est la chance historique des socialistes » (entretien du 21 Juin 1984 avec Franz -Olivier Giesbert). D’autres, bien en vie, envisagent de remettre en cause le droit du sol et n’ont pour seul horizon que des politiques sécuritaires.
On voit le résultat aujourd’hui . Les loups sont entrés dans nos villes...

Pierre TRAPIER