Priorité à l’éducation... Mais avec quels moyens ?

jeudi 11 juin 2015
par  Germaine VIALLARD

Alors que des mobilisations d’établissements et d’écoles se poursuivent, la priorité à l’éducation annoncée par le gouvernement apparaît de plus en plus pour ce qu’elle est : un effet d’annonce. Les créations de postes annoncées pour le quinquennat sont loin de couvrir les suppressions effectuées par les gouvernements précédents. Elles ne font que compenser le passage à mi-temps des stagiaires et ne sont donc pas pérennes.

Le résultat est un taux d’encadrement qui reste très insuffisant. Pour permettre à l’école de remplir sa mission émancipatrice et rompre avec l’élitisme et la reproduction sociale, il est impératif d’améliorer les conditions d’étude des élèves et de travail des enseignants en diminuant le nombre d’élèves par classe notamment.

Le cas de l’Education prioritaire en collège et dans le primaire est significatif : les moyens se limiteront, pour l’essentiel, à une prime revalorisée. Quelques moyens supplémentaires seront attribués mais on ne sait pas comment ils seront financés. Aucune mesure pédagogique permettant de remédier aux difficultés des élèves, aucun effectif maximal par classe ne sont prévus…

Les lycées sont peut-être une cible prioritaire pour le ministère, mais dans quel sens ? La question des lycées, dans ce domaine, est renvoyée à plus tard... Leur nombre ne devrait pas varier, soit 186 établissements. Derrière cette stabilité se cachent bien des inconnues. En prenant en compte l’expérience des enseignants, on peut imaginer ce qu’il en sera : sur la base de critères opaques, les rectorats choisiront les établissements qui leur sembleront « mériter » le label en fonction du nombre qui leur aura été accordé. Il ne sera pas tenu compte des besoins réels.

Pour maîtriser et s’approprier des savoirs de plus en plus complexes, il faut du temps, le PCF demande l’allongement de la scolarité obligatoire jusqu’à 18 ans et s’oppose à la diminution du temps scolaire. Les enseignants ont eux aussi besoin de temps pour réfléchir sur leurs pratiques. Ils ont besoin d’une formation initiale et continue ambitieuse et des temps de services permettant un travail en équipe.

Les enseignants ont toutes les raisons de continuer à se mobiliser le 11 juin. Après la réussite de leur journée de grève du 19 mai, avec plus de 50 % de grévistes dans les collèges, les personnels du second degré sont appelés à exiger l’abrogation de la réforme et l’ouverture d’une véritable consultation pour une réforme dont l’objectif est la réussite de toutes et de tous.

Les propositions du réseau Ecole du PCF

De bonnes conditions d’études et d’enseignement

- Des collèges à taille humaine, des classes à effectifs limités à 25 élèves en classe entière, 20 en éducation prioritaire, des locaux entretenus par des personnels qualifiés.
- Vers la gratuité totale des études au collège (matériel, sorties pédagogiques, voyages, restauration).
Des salaires fortement revalorisés pour les enseignants, mettant fin au salaire à la carte sous forme de primes discrétionnaires.

Des temps et des lieux pour apprendre

- Dans le cadre d’une scolarité obligatoire de 3 à 18 ans, le collège échappe à une logique de sélection pour entrer dans celle d’une appropriation réelle des savoirs par des élèves tous capables.
- Le temps scolaire hebdomadaire au collège doit être repensé et augmenté pour permettre de réaliser, dans le cadre scolaire, tous les apprentissages exigées, de l’acquisition à la consolidation et au réinvestissement sous la responsabilité d’enseignants titulaires. Cela suppose de donner partout les mêmes moyens correspondants en locaux, en postes et en heures d’enseignement.
Cela crée de l’égalité entre les élèves, oblige l’école à trouver en elle-même ses propres ressources, délivre les familles du poids de faire l’école à la maison, empêche le marché scolaire du soutien de sévir, évite l’emprise d’officines commerciales ou prosélytes.

Une scolarité unifiée dans des établissements offrant les mêmes formations

- Un cadrage national fort du cursus au collège est le garant de l’égalité territoriale dans le cadre d’un service public.
- Une réelle mixité scolaire et sociale passe par l’établissement, pour les collèges, d’une carte scolaire juste et contraignante.
La carte des formations doit assurer la même diversité d’offre quel que soit le territoire.
Aller vers la fin de l’enseignement privé suppose dans un premier temps de le soumettre, pour être sous contrat, au respect des règles de sectorisation.

Une pédagogie réfléchie, dans un cadre collectif, grâce à un plan de formation ambitieux

- Des savoirs toujours plus complexes exigent une mise à jour permanente des connaissances, la possibilité de diversifier les manières d’enseigner. Un pré-recrutement, une entrée progressive dans le métier sont indispensables. Le temps de travail de l’enseignant doit comporter celui de suivre ces formations, de discuter dans des équipes où chacun travaille sur un pied d’égalité des manières de conduire les apprentissages des élèves.
L’attention doit être dirigée sur la priorité de la démocratisation quand il s’agit de faire des choix pédagogiques, en privilégiant tout ce qui explicite les attendus de l’école ;

Germaine VIALLARD