GRECE : LE BESOIN D’UNE NOUVELLE DYNAMIQUE POLITIQUE EN EUROPE

jeudi 7 mai 2015
par  Jean Marc DURAND

FMI, BCE et commission de Bruxelles (la troïka) ont choisi la stratégie du pourrissement face à la Grèce qu’il s’agit de faire passer sous les fourches caudines de l’ultralibéralisme. Bref, un nouveau passage en force de la finance contre la démocratie et les peuples alors que c’est sur des critères humains de justice sociale et non sur des objectifs de rentabilité financière que SIRYZA a été porté au pouvoir par le peuple grec. Et c’est pour cela que la troïka qualifie d’incomplète la liste de réformes du gouvernement grec.
Cette pression s’explique par la crainte d’une victoire des propositions de SIRYZA. Cette expérience populaire ne tarderait pas à gagner d’autres pays, notamment d’Europe du Sud mais aussi l’Irlande. L’Europe ultralibérale en serait très ébranlée.
Se joue une partie majeure qui touche au crédit d’une alternative à l’austérité en Europe. Laisser le gouvernement grec isolé, serait se préparer à de bien tristes lendemains et créer les conditions d’une soumission durable aux marchés financiers et d’une impuissance à promouvoir d’autres choix.
L’urgence est de construire dans le débat et l’action une réponse nouvelle en Grèce, en France, en Europe à partir de propositions concrètes, crédibles et radicales, capables de déjouer les pièges ou les fausses solutions auxquelles les thérapies du renoncement, la résignation et l’exaspération peuvent conduire.
Face à la mondialisation du libéralisme, la construction d’une autre Union européenne fournit un cadre indispensable à la mise en œuvre de politiques autonomes. La création monétaire de l’euro et une autre fiscalité sont une base suffisamment solide pour une croissance européenne de progrès social et environnemental et se sortir ainsi des griffes des marchés financiers et de la spéculation. En voici les principaux fondements :
-  Rachat de titres publics grecs par la BCE hors conditions d’austérité et sans intérêt à généraliser aux dettes de l’ensemble des États de la zone euro.
-  Une autre utilisation de l’€, une autre BCE. Pour acquitter sa dette un pays a besoin de disposer d’argent et celui-ci provient des richesses créées. La priorité est donc de soutenir l’emploi et la formation, par le développement des services publics et de la production industrielle. Pour les services publics : la création d’un Fonds européen de développement économique, social, solidaire et environnemental financé à 0 % par l’argent de la BCE. Pour les entreprises : un financement à bas taux par la BCE des banques de dépôt sous conditions que celles-ci soutiennent des investissements créateurs d’emplois et de richesses réelles contre les opérations spéculatives et les délocalisations.
-  Une réforme de la fiscalité. En Grèce comme en France ou dans d’autres pays de l’Union Européenne, il s’agit d’instaurer une fiscalité des entreprises et du capital incitative à une utilisation des bénéfices pour des investissements générateurs d’emplois et de formation, combattant l’accumulation et les gâchis capitalistes.
-  Il s’agit également de mettre en œuvre une fiscalité des personnes et de la fortune, empreintes d’une réelle progressivité.
L’évolution de la Grèce vers une telle mécanique fiscale renvoie au besoin de coopération fiscale en Europe. Une coopération qui pourrait se présenter sous la forme d’un serpent fiscal européen et d’un mécanisme de compensation en cas d’exil fiscal guidé par des choix de défiscalisation.

L’action solidaire sera la clé du déblocage de la situation grecque. C’est pourquoi Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, avec Alexis Tsipras, a annoncé le lancement d’une nouvelle dynamique politique européenne avec un projet d’alliance de toutes les forces anti-austérité. Une première étape : la tenue les 30 et 31 mai d’un Forum des alternatives, à Paris, place de la République ayant pour thème central la Solidarité au peuple grec et à l’ensemble des peuples européens.

Grèce : quelques repères :

-  120 milliards d’euros c’est la perte causée par des activités illicites comme la corruption et l’évasion fiscale durant la décennie 2000.
-  319 milliards d’euros c’est le montant de la dette grecque
-  175% c’est le pourcentage de la dette grecque sur son du PIB.

En Grèce comme ailleurs dans l’UE : la Sortie de l’€ : une fausse bonne idée.
Une sortie de l’euro de la Grèce peut certes être brandie comme une arme contre Bruxelles et la BCE, tant l’Union européenne a à craindre d’un tel scénario, les Etats-Unis eux-mêmes mettant en garde contre les risques de déstabilisation monétaire mondiale que pourrait faire courir une hypothèse d’éclatement de la zone euro ; mais une sortie dont la principale victime risquerait fort d’être à nouveau le peuple grec.
Qui a le plus à pâtir d’une sortie de l’Euro ? La Grèce et les Grecs ou les banquiers et autres financiers que représentent les institutions européennes ? Une sortie de l’Euro serait pour une part, un sérieux coup de semonce pour le monde de la finance et l’empire qu’il compte établir en Europe. Cependant n’oublions pas que des hypothèses existent d’un repliement de la zone euro sur un noyau dur de 6 à 7 pays. Par ailleurs, on peut se demander si une telle solution ferait reculer le pouvoir de l’argent et des financiers sur les pays européens ? Rien n’est moins sur. Un noyau dur pourrait sans problème majeur s’accommoder d’une telle situation. On voit mal en effet ce qui empêcherait l’oligarchie financière qu’il représenterait, de continuer à exercer un large pouvoir sur les pays voisins européens conçus comme des satellites, demeurant notamment d’intéressants pourvoyeurs de main d’œuvre bon marché et restant de lucratifs débiteurs au titre du remboursement d’emprunts que ceux-ci devraient contracter soit en euros, soit en dollars.
Par contre pour le peuple grec, une sortie de l’Euro risquerait d’être beaucoup plus grave. En effet la balance commerciale de la Grèce exprime un déficit endémique avec la l’Allemagne comme c’est d’ailleurs les cas d’autres pays, la France pour ne pas la nommer. Le retour à une monnaie nationale impliquerait de fait une dévaluation de cette monnaie renchérissant le coût des importations vis à vis de ce pays. Dans une Grèce avec un appareil productif très faible, avec une fiscalité incapable d’endiguer la recherche de profits des entreprises, dans une Grèce se trouvant avec une monnaie dévaluée en situation de devoir payer plus cher ses importations de matière première et de produits finis, la seule variable d’ajustement permettant de maintenir la poussée inflationniste qui en résulterait serait les salaires et les droits sociaux dont le niveau est déjà au ras des pâquerettes. Ajoutons à cela que la dévaluation de la monnaie grecque aurait pour conséquence d’alourdir le poids de la dette d’un pays où elle atteint déjà des sommets. Une des conséquences ultimes mais non moins plausible pourrait alors être pour ce pays et sa population, la banqueroute, un évènement duquel ne ressortent jamais indemnes les couches populaires.
Outres les conséquences immédiates et directes sur la vie du peuple grec, la sortie de l’Euro en Grèce alimenterait un processus de désertion de la bataille politique engagée avec courage et détermination par Siryza pour un autre Euro, une autre BCE et une autre Europe. Dans la situation actuelle de la Grèce, l’heure n’est pas au repliement pas plus qu’à des choix qui pourraient aviver la concurrence mais le temps est au développement de coopérations, de co-élaborations de réponses pouvant faire reculer la domination du capital et de la finance.

Jean-Marc DURAND.