8 MAI, il y a 70 ans

mercredi 6 mai 2015
par  Jean Pierre BASSET

Il y a 70 ans, la 2ème guerre mondiale se terminait en Europe par la "capitulation sans conditions" de l’état nazi allemand.
La signature intervenant à Berlin à minuit le 8 mai, il était déjà 2h le 9 mai à Moscou.
Ce qui explique le décalage d’un jour dans les commémorations.
Il avait été convenu à la "Conférence de Yalta", en Crimée, dont alors personne n’aurait eu l’idée de contester le caractère russe, que la guerre se poursuivrait jusqu’à la capitulation de l’Allemagne et du Japon.
L’URSS s’était engagée à entrer en guerre contre le Japon trois mois après la capitulation de l’Allemagne, le temps de transférer 2 millions de soldats et les équipements sur plus de 8000 km.
C’est pourquoi l’offensive de l’armée rouge s’est déclenchée à 0h le 9 août aux frontières de la Mandchourie, territoire chinois occupé par le Japon. La 2ème guerre mondiale s’est terminée le 12 août 1945 par la capitulation du Japon.
Il faut noter que si la "conférence de Yalta" était tripartite URSS, USA, GB, la capitulation nazie se faisait avec la participation de la France, après la reconstitution d’unités militaires en Afrique (Bataille d’El Alamein par ex) et la participation aux combats de la Normandie à l’Elbe sans oublier la "Résistance" équivalente à 10 divisions selon l’expression de Eisenhower. Le partage de l’Allemagne et de Berlin en quatre zones d’occupation (1) jusqu’en 1990 reflétait cette réalité.

L’enseignement calamiteux de l’histoire, pour les besoins de l’antisoviétisme, de l’anticommunisme, de la "guerre froide" et de sa suite, conjugué à la disparition des derniers témoins, la profusion de films, d’émissions, de livres quasi exclusivement consacrés à la guerre vu du côté des "occidentaux" entraînent une profonde méconnaissance de la réalité chez les générations actuelles.
Ainsi, il a fallu attendre les années 70 pour que le public ait une véritable idée de l’ampleur de la Shoah. La "Shoah par balles", œuvre des "Einsatzgruppen" en Pologne, Biélorussie et Ukraine n’a été révélée que dans les années 90 et on a dû attendre la présidence de Chirac, en 1996, pour dénoncer publiquement la responsabilité de "l’État Français" pétainiste dans la "rafle du Vel d’hiv" et la déportation des juifs.

L’Horreur des exactions nazies "à l’Est" est toujours soigneusement minimisée par les élites dominantes françaises et européennes. Et cerise sur le gâteau en 2015, les actuels dirigeants de l’Ukraine , dont la partie occidentale est toujours fortement pronazie, se sont permis d’affirmer que Auschwitz n’avait pas été libéré par l’armée rouge le 29 janvier 45.
Ainsi, nos contemporains qui connaissent un peu Auschwitz et l’extermination des juifs, ignorent que l’URSS a eu 27 millions de morts, la Pologne 3 millions, la Yougoslavie un million 800 000, que la Biélorussie (Belarus) a été vidée de sa population, tuée, déportée ou chassée sur une bande de près de 500 km de large ( la moitié de la France), du nord au sud, que les actuels dirigeants hongrois en réhabilitant le "Régent" Horty, allié de Hitler, masquent sa responsabilité dans la déportation de 437 000 juifs à Auschwitz.
Au total, les victimes européennes dépassent les 42 millions auxquelles il faut ajouter 10 millions en Asie et Asie du Sud-Est.

Des allemands antinazis, quelques rares évadés, tentaient de révéler l’extermination. Des photos aériennes attestaient d’installations méconnues. Les rares témoignages de l’extermination n’étaient pas crus tellement c’était incroyable. La caractéristique de la 2ème guerre mondiale, c’est la volonté d’extermination des juifs, des tziganes, des communistes et l’asservissement des slaves.
L’extermination avait été décidé le 20 janvier 1942 à la "Conférence de Wansee", sans publication, autre qu’un compte rendu par Hyedricht, son application codée sous le nom de "Nacht und nebel" (Nuit et brouillard) et mise en application dans les camps d’extermination (à ne pas confondre avec les camps de concentration les KL) de Auschwitz (1 900 000 morts), Treblinka (800 000), Chelmno (180 000), Belzec (500 000),Sobibor (250 000),et Maïdanek ( 250 000).

Désormais, le 29 janvier, est commémorée la libération d’Auschwitz. Mais 6 mois avant, le 25 juillet 1944, la "2ème armés de tanks" du général Bogdanov pénétrait dans Lublin, ville du sud de la Pologne, découvrait le faubourg de "Maïdanek" avec une installation que les SS n’avaient pas eu le temps de détruire. Des milliers de cadavres de femmes et d’enfants s’empilaient jusqu’à une hauteur de 10 mètres. La presse, le cinéma soviétique publiaient des reportages de l’horreur. Rien ne fut publié en occident. Alexander Wert, correspondant de la BBC vint à Maïdanek. Il eut la surprise de constater qu’aucun de ses récits et photos n’étaient publiés en GB ou USA, car qualifiés de "propagande russe".
Il faudra attendre la libération du camp de Dachau en avril 45, par les troupes US pour décoincer les médias.
A l’inverse de toutes les précédentes guerres, les responsables politiques et militaires nazis qui ne s’étaient pas suicidés furent traduits devant le "Tribunal international de Nuremberg" puis pour la majorité condamnés à mort et pendus.

Contrairement aux idées rabâchées, la 2ème guerre mondiale n’a pas commencé le 1er septembre 1939 par l’invasion de la Pologne, mais par la tentative d’invasion de la Sibérie par l’armée japonaise, débutant par des escarmouches en mai et juin 39 à l’extrême ouest de la Mandchourie, au croisement de trois frontières Mandchourie/Mongolie/URSS.
Puis une bataille de grande ampleur dite de "Khalkhyn Gol" déclenchée par l’offensive japonaise du 1er juillet 39 se solda par une victoire soviétique et l’écrasement le 30 août de la "6ème armée" japonaise.

Comme pour la guerre en Europe, ce sont les thèses historiques dictées par les généraux allemands pour les besoins de la guerre froide qui dominent : l’URSS étant par nature nulle, son armée l’était aussi, donc il ne peut être question d’une victoire soviétique à Khalkhyn Gol, donc silence. Comme il ne peut être question des gigantesques opérations - encerclement de la 6ème armée à Stalingrad, Koursk, Koutouzov, Rumantsev, Bagration, Vistule, Vistule/Oder/Berlin- de l’Armée Rouge qui ont écrasé les nazis et permis avec "Bagration" de "fixer" les forces nazies à l’est, les empêchant de venir en renfort pour contrer le débarquement de Normandie du 6 juin 44.
De rares historiens, depuis quelques années s’efforcent de rétablir l’équilibre et de redonner à l’URSS et son "Armée Rouge"- RKAA, Armée Rouge des Ouvriers et des Paysans - (2) la place qu’elles ont réellement tenue pour la victoire sur le nazisme.

Je pense que les militants devraient lire "La Mandchourie oubliée" de Jacques Sapir, Edition du Rocher (avril 96), "Koursk, les 40 jours qui ont ruiné la Wehrmacht" (mars 2011) et "Opération Bagration" (fév. 2014) de Jean Lopez, édition "Economica" (3) pour appréhender mieux la 2ème guerre mondiale et le sens du 8 mai.
Les avancées sociales, pensées par le Conseil National de la Résistance, nationalisations, Sécu, Comités d’entreprises, statuts de la Fonction Publique.... dont nous bénéficions en découlent.

Jean-Pierre BASSET

1) Berlin, situé en zone soviétique avait été, aussi, découpé en 4 zones d’occupation.
2) L’armée rouge est devenue Armée Soviétique (CA) en 1946.
3) Tous livres en vente, sur commande à la "Librairie Notre Temps", 30 Grand Rue Valence, 04 75 43 78 79.

Commémoration du 70ème anniversaire de la victoire du 8 mai 1945
10 H au Monument aux morts du Parc Jouvet à Valence
11 H au Monument aux Morts à Bourg-lès-Valence