RETOUR DE PALESTINE DE PIERRE TRAPIER

lundi 24 novembre 2014
par  Pierre TRAPIER

Je ne reviens pas indemne de mon séjour d’un mois en Palestine où immergé au cœur de la société civile palestinienne, j’ai vécu aux côtés de mes amis palestiniens une partie de leur lot quotidien de brimades et d’humiliations dont je n’avais pas encore imaginé toutes les dimensions. La mécanique infernale et méthodique mise en œuvre par le gouvernement israélien recouvre une violence et un cynisme complets : provocations, contrôles permanents, violation des droits humains les plus élémentaires, arrestations et interrogatoires. Oppression et répression, que l’on a du mal à intégrer tant le silence assourdissant des médias sur cette réalité nous est devenu anormalement coutumier…. Et pourtant ! c’est bien le visage de l’occupant, celui d’un colonialisme meurtrier que j’ai rencontré en Palestine. Un colonialisme particulier qui ne vise pas seulement à asservir un peuple dans sa vie courante. Il vise à l’expulser de sa terre et à segmenter tout son territoire. Ce "transfert", fondement historique du sionisme s’illustre par l’extension continue des "colonies", et par là-même, de l’élimination des palestiniens attachés à leur terre.

Ma première semaine en Cisjordanie, accompagné par Marine , Serge PERRIN du MAN, Lela BENCHARIF, vice-présidente de la Région Rhône-Alpes, de Philippe LEEUWENBERG, conseiller général communiste de Die, de Marc FERRAPIE de l’AFPS avec qui j’avais partagé les manifestations durant l’été contre les massacres israéliens à GAZA, m’a permis de m’impliquer dans le programme de coopération porté par l’AFPS 26-07 et le MAN, dans la commune de Beit Omar entre Bethléem et Hébron, et dans la vallée du Jourdain. Ces deux régions sont sous contrôle intégral israélien (zone C). La confiscation des ressources en eau par les autorités israéliennes ainsi que le vol des terres par les colons israéliens y sont particulièrement importants. La coopération agricole mise en œuvre par les acteurs locaux palestiniens vise à améliorer les conditions de vie des populations rurales de la vallée du Jourdain et de Beit Omar particulièrement touchées par les limites de déplacement, par la violence physique et psychologique, par l’accaparement des terres et le détournement de l’eau par les colons. Les projets en cours soutenus par la Région Rhône-Alpes et PACA, contribuent à maintenir et développer l’activité agricole dans la vallée du Jourdain et à Beit Omar en aidant à la valorisation des produits sur place (projet de fromagerie près de Jéricho), ateliers de transformation à Beit Omar et en renforçant les circuits de distribution au niveau du territoire palestinien pour l’écoulement des productions locales.

Durant mes trois dernières semaines en Palestine, seul après le départ de mes camarades français, j’ai consacré une partie de mon temps à la cueillette des olives et à apporter ma modeste contribution à l’aménagement du terrain de Beit Omar dans le cadre du projet en cours. Avec une dizaine de jeunes palestiniens et sous la houlette de mes amis Moussa et Yasser, j’ai participé à la construction de murets avec les pierres du pays, à la préparation de la terre pour planter des vignes et des arbres fruitiers…. sous l’œil pesant des caméras de la colonie israélienne située à quelques encablures de notre lopin de terre. Oh ! ma productivité fut très limitée même si je reste un paysan dans l’âme, mais j’ai pu mesurer combien le soutien d’intervenants internationaux était précieux et apprécié par les palestiniens. J’ai profité de ce temps pour rencontrer des militants, et notamment notre ami Salah HAMOURI à Jérusalem, Salah pour lequel les lecteurs de l’Humanité s’étaient mobilisés et que j’avais accueilli à bras ouverts en ma qualité de Maire de Portes-lès-Valence en septembre 2012 juste après sa libération. Ce fut une joie pour moi de l’embrasser à nouveau, joie teintée de tristesse puisqu’à la veille de notre rencontre, 28 palestiniens de Jérusalem avaient été arrêtés dans la nuit par la police .

Dans un climat de plus en plus tendu, la fin de mon séjour aura été marqué par des provocations incessantes et de plus en plus nombreuses de colons israéliens soutenus par l’armée.
Comme en témoigne l’incursion d’un commando sioniste dans la grande mosquée de Jérusalem qui a provoqué une flambée de violence à la fois à Jérusalem où les colonies israéliennes continuent de s’installer mais aussi dans toute la Cisjordanie.

La résistance palestinienne est de toutes les épreuves. Ainsi, chaque Vendredi, à Beit Omar comme dans de très nombreuses villes de Cisjordanie, des manifestations sont organisées. De nombreux observateurs internationaux y participent mais aussi comme à Beit Omar, de jeunes israéliens qui dénoncent aux côtés des palestiniens le vol des terres pour y bâtir des colonies et confisquer les cultures. Je me suis rendu tous les vendredi à ces "démonstrations" comme disent les palestiniens, en portant fièrement le drapeau palestinien dans les champs d’oliviers pour accompagner la résistance non violente palestinienne. Le parcours est toujours assez bref puisque un cordon de militaires armés jusqu’aux dents stoppe toute progression et il est courant que ces derniers fassent usage de la force….

En écrivant ces lignes, je pense à mon ami Moussa, avec lequel j’ai partagé ces moments riches en émotion. Sa détermination et son engagement m’ont beaucoup appris. J’ai pour ce militant de la paix une admiration profonde. Militant pour une résistance non violente et citoyenne, emprisonné à plusieurs reprises, il est depuis son plus jeune âge de tous les combats pour que les droits de son peuple soient universellement reconnus. Au fond de moi-même, je me dis "voilà quelqu’un qui mériterait le prix Nobel de la Paix ! ". L’aspiration de Moussa est simple : être un fermier sur la terre de Palestine. Durant l’été, l’armée a investi sa ferme, a fait éclater les murs, mis une bombe dans la citerne d’eau. Moussa et son frère ont reconstruit et se sont endettés pour 2 ans. Durant mon séjour, il a reçu un ordre de démolition contre lequel Moussa résiste en s’acquittant de "frais légaux" face à une justice arbitraire et sans scrupule. L’affaire Moussa est un des nombreux cas de ce qui se passe en Palestine sous l’occupation israélienne pour conduire les palestiniens au désespoir et au départ afin de permettre aux colonies israéliennes d’occuper la Palestine en toute impunité. Quel courage tu as mon ami Moussa !
Et c’est dans cette même logique, au mépris des droits humains les plus fondamentaux ; que j’ai vu de mes propres yeux l’écrasement d’un village bédouin tout près de Yatta. L’armée israélienne y avait pénétré une heure avant mon arrivée. Les baraquements des bédouins se sont écroulés comme un château de cartes sous le joug du godet d’une pelle mécanique . Le bétail était dispersé, femmes et enfants hagards et prostrés déambulaient entre les tôles froissées, des matelas éventrés jonchaient le sol. Un vieillard était allongé à terre secouru par Médecins sans Frontières. Ce jour là, j’ai pleuré. L’armée israélienne avait déjà quitté les lieux pour rejoindre la colonie israélienne toute proche. J’apprenais par la suite que c’est l’odeur et les fumées du poêle à bois des bédouins qui importunaient les colons et qui ont servi de prétexte à cette démolition…

Beaucoup d’autres choses seraient à raconter. Mes rencontres avec les palestiniens étaient toutes empreintes de chaleur humaine, d’amitié et de courtoisie , comme par exemple à l’hôpital de Bethléem. Quel peuple ! J’ai quitté la Palestine après un nouveau contrôle à un "cheik point" un soir à la sortie de Ramallah. Où vivez vous en Israël m’a demandé le militaire ? "je ne vis pas en Israël Monsieur, je vis en Palestine !" lui ai-je répondu, déclenchant colère et injures. Oui, ébloui par sa lampe torche, je me sentais un peu palestinien.

J’ai laissé la Palestine le cœur gros mais déterminé à témoigner de cette violence et de ces injustices qui obligent chacun de nous à ouvrir enfin les yeux et en particulier de ceux qui nous gouvernent. Mon témoignage se veut être un appel à la mobilisation de tous afin que l’agression israélienne contre le peuple palestinien puisse cesser et que la paix puisse véritablement s’installer. Retenons et c’est très important, qu’il ne s’agit pas d’un conflit racial, ni communautaire, ni religieux. Il s’agit d’une guerre coloniale qui se nourrit d’une idéologie complexe et inacceptable : le sionisme.

Pour l’heure, il nous faut exiger de véritables sanctions contre Israël, pour que cesse la colonisation et que les crimes de l’État d’Israël qui bafoue les règles du droit international ne restent pas impunis.

Dans quelques jours, le 28 novembre, les parlementaires français auront à se prononcer sur la reconnaissance de l’État de Palestine. Les députés du Front de gauche avaient déposé une résolution en ce sens.

Même si cette reconnaissance ne serait pour l’instant que symbolique, cet acte est indispensable parce qu’il aura valeur d’avertissement salutaire, pour dire que la France ne cautionne plus l’occupation et qu’il est temps qu’Israël cesse de faire entrave à la libération du peuple palestinien. Car, après ce vote, la France aura à confirmer son engagement en faveur de la paix au Proche Orient.

Et le temps presse…..


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