LE « GATTAZ » POUR LES NULS. DÉCRYPTAGE :

jeudi 15 mai 2014
par  Jean Michel BOCHATON

Il marche courbé et de guingois avec la tête rentrée dans les épaules. Il pourrait sans problème endosser le rôle du fourbe de la BD « Iznogoud » et pourtant ne nous y trompons pas, Pierre Gattaz est un « revanchard » déterminé, qui a été porté sur les fonds baptismaux de la présidence du Medef par la partie la plus réactionnaire du patronat français qui voulait absolument « son champion » pour régler le compte a ce monde ouvrier et a ses syndicats qu’il veut laminer.

Depuis qu’il a accédé à ses responsabilités, l’air de rien, le nouveau patron du Medef mène un combat idéologique sans précédent. En ce mois de mai 2014, ou que vous vous tourniez, vous avez un interlocuteur qui vous déblatère du « Gattaz » dans le texte. Télés, Radio, journaux, « experts » dans les débats, ressassent inlassablement les « éléments de langage » transformant les jérémiades de l’organisation patronale en « évidences » de « bonne gestion » dans un « capitalisme incontournable ».

Tout observateur attentif de la vie politique ne pourra s’empêcher de constater que les arguments développés depuis des mois par Gattaz sont repris mot pour mot par le Président de la République, le Premier Ministre Valls et l’ensemble de ses ministres. Il est souvent de coutume de dénigrer les « lobbying » exercé par le monde économique auprès du Parlement Européen. Bien plus près de nous, le mécanisme de lobby est là et bien là avec le Medef.

Qu’on en juge. Lors des élections municipales, le patron du Medef a adressé un courrier à toutes les têtes de listes municipales. Outre qu’il sortait de son rôle en voulant peser sur les futurs élus, Gattaz écrivait : « Nous vous proposons de passer en revue les règles existantes impactant les entreprises, dépendant de vos pouvoirs de maires ; afin d’envisager ensemble si elles doivent être supprimées ou modifiées avant d’en créer de nouvelles ; d’adopter clairement la démarche mise en place en Grande-Bretagne : pour toute réglementation nouvelle, une ancienne supprimée ». Dans ce courrier le Medef poursuivait exigeant « de nouvelles organisations moins couteuses et plus performantes des territoires ». Enfin Gattaz invitait les futurs maires « à baisser la fiscalité locale et nationale. La baisse des dépenses publiques est un impératif, afin de pouvoir alléger les taxes et impôts pesant sur les entreprises, pour relancer l’économie ».

Comme en écho, le Président Hollande affiche son ambition « d’un pacte de responsabilité » soulageant les entreprises de leur responsabilité sociale en baissant l’impôt sur les sociétés, en diminuant ou supprimant les cotisations patronales sans contrepartie. C’est aux virgules près, le texte adopté lors de l’accession de Gattaz à la présidence du Medef.

En contrepoint, le Premier Ministre Manuel Valls, lui, susurre une douce mélopée aux oreilles du patronat sur l’air « des 50 mesures de simplification » qui reprend l’essentiel des revendications du Medef parmi lesquelles : « simplification de la fiche de paie » et « simplification de l’architecture des prélèvements sociaux sur cette fiche de paie ». Alerte rouge pour les salariés et précaires !
Un autre volet de ces 50 mesures est complètement passé sous silence alors que c’est la cerise sur le gâteau pour le Medef qui a du mal à contenir sa joie : « améliorer la lisibilité du code du travail ou simplifier la définitions des jours de travail, jours ouvrés et jours fériés ». Là, c’est le tocsin pour les salariés et les précaires !
Le même Manuel Valls dans son plan d’austérité annonce des coupes drastiques de 11 milliards pour les dotations aux collectivités d’ici la fin du mandat Hollande avec un redécoupage territorial « pour faire des économies ». Pile poil ce que réclamait Gattaz dans son courrier aux maires ! Imagine-t-on ce que veulent dire ces suppressions de crédits pour la population qui viendront s’ajouter aux coupes dans les budgets sociaux et de santé annoncées dans la foulée ?

Prochainement, le gouvernement va mettre en place le « Conseil National d’Evaluation de Normes » chargé d’évaluer l’impact technique et financier des normes nouvelles ou en vigueur applicables aux collectivités locales. Les élus qui siègeront dans cette instance seront proposés par l’Association des Maires de France. Deux maires communistes y siégeront : Marie France Beaufils, maire de St Pierre-Des-Corps et Martial Passi maire de Givors.
On comprendra l’intérêt que nos 2 camarades soient les yeux et les oreilles des citoyens dans cette instance et puissent intervenir pour peser dans le bon sens au moment ou le Président Hollande et le Premier Ministre Valls mettent en place au pas de charge le « choc de simplification » et le « pacte de responsabilité ». Faisons confiance à nos 2 élus communistes pour chasser « le Gattaz dans le texte » qui ne manquera pas de se cacher dans les différentes dispositions administratives qui seront présentées.

En conclusion, sans occulter l’immense pression de la commission européenne et le contenu rétrograde du pacte Merkozy qui impose l’austérité à tous les peuples, il me parait utile qu’à gauche, on ait la lucidité d’analyser les raisons qui auront fait qu’à ce point des responsables socialistes nationaux auront désertés les valeurs de gauche et se soient fourvoyés au point de n’être que les relais complaisants des désidératas du grand patronat. Il conviendra aussi de réfléchir sur le rôle déterminant du Medef qui, ces dernières années, aura joué le rôle de matrice idéologique, de « boite à idées » prônant l’ultra libéralisme d’un capitalisme pur et dur se logeant dans tout ou partie des programmes de l’UMP, de l’UDI, du FN et une partie de la gauche et des syndicats. La porosité entre Medef et certains états majors politiques est tel que ce sont la plupart du temps les mêmes personnes qui ont des responsabilités alternativement des deux cotés de la barrière…
A l’inverse, plus que jamais, élus et militants communistes avec l’ensemble des composantes du Front de Gauche ont pour objectif « l’humain d’abord », les collectivités sont ces lieux de proximité propice aux nécessaires mobilisations alternatives.

Bochaton jean-michel
Président départemental de l’ADECR 26