Ambroise Croizat, ministre des travailleurs

jeudi 19 septembre 2013
par  PCF Drôme

A Romans le 10 septembre, la journée de lutte contre la dernière des « réformes » des retraites a vu se conjuguer opportunément la manifestation départementale et le rappel historique de qui fut Ambroise Croizat, cela en soirée, salle Charles Michels .

Jean-Marc Durand et Viviane Debarges, élus municipaux de la ville, ayant exposé les grandes lignes du complot contre les acquis de la Libération, ce fut à Michel Etiévent, communiste, historien, écrivain, biographe d’Ambroise Croizat de nous « conter » l’extraordinaire destin du jeune savoyard devenu ministre.

Le parfum de conte part du hasard : Michel Etévent est né dans la maison où naquit A. Croizat, à Notre-Dame-de-Briançon… Il se souvient des regards brillants lorsqu’était évoqué le nom de Croizat dans cette vallée industrielle. Lui-même n’oublie pas ce qu’il doit aux conquêtes sociales, œuvre inlassable et conjuguée des luttes populaires et du courage politique de cet homme : vacances, livres, bourses scolaires…

Ambroise naît en 1901 dans une famille ouvrière de 8 enfants. Son père, Antoine Croizat, simple manœuvre connaît la conquête du dimanche en 1906. sa mère est femme de ménage. Les salariés n’ont alors ni retraite ni sécurité sociale. Ils doivent compter sur la charité ( ?!), la solidarité des copains, de vagues casses mutuelles… (il faut vendre deux vaches pour faire opérer un enfant de l’appendicite !) En 1906, Antoine Croizat est licencié pour vouloir créer un syndicat. Une grève de solidarité part de son usine et s’étend bientôt à toute la région. Le patron cède mais Antoine et sa famille doivent partir pour Ugine puis pour Lyon. De là, le père de famille devra partir à la guerre de1914. Son fils Ambroise devient ajusteur à 13 ans et adhère à la CGT – sur les fortes bases antimilitaristes et anticolonialistes de l’époque. En 1920, au congrès de Tours, il adhère au Parti Communiste français.

En 1927, il devient responsable à la fédération CGTU des Métaux. Toujours sur le terrain, parcourant la France, vendant la Vie Ouvrière et déclenchant des grèves, on appelle ces militants les « militants ambulants ». Dans les années1930, le fascisme menaçant, Croizat et ses camarades se battent pour l’union et 1936 verra la victoire du Front Populaire. Il est élu député du 14ième arrondissement à Paris. Les Accords Matignon octroient la semaine de 40 heures, les congés payés, les conventions collectives. Pour cela, 9000 usines furent occupées et voilà bien la démonstration que la pression populaire est indispensable aux conquêtes sociales ! Cela demeure une leçon pour aujourd’hui ! Par la loi de 1936 sur les conventions collectives, le droit oral et « divin » du patron est remplacé par celui des délégués élus du personnel. Mesurons le « bond » qualitatif de la démocratie !

Hélas, pour Léon Blum, il n’est pas question de jeter le capitalisme mais de l’aménager seulement et en 1938, année noire, les usines sont occupées par la police, des milliers d’ouvriers licenciés et des listes noires établies par la police.
1939-40 : Ambroise Croizat est arrêté comme 35 autres députés communistes et envoyé au bagne d’Alger pour deux ans. On enferme, on déporte : la guerre et le pacte germano-soviétique sont un bon moyen de régler leur compte aux travailleurs. Croizat est libéré en février 1943 alors que le gouvernement provisoire de la République est réuni autour du général De Gaulle à Alger. Ambroise Croizat est fait président de la Commission du Travail, en relation avec le Conseil National de la Résistance regroupé autour de Jean Moulin. Deux objectifs indissociables animent ces jeunes gens déterminés : « Il faut libérer la France et nous allons bâtir un programme pour une France de la dignité ».

En 1945, le pays libéré, le général De Gaulle nomme Ambroise Croizat ministre du Travail. Le programme du CNR devient réalité : ce sont la Sécurité Sociale, les Comités d’entreprises, les Conventions collectives, le statut des Mineurs, le statut des Electriciens et Gaziers, la reconnaissance des maladies professionnelles, des accidents du travail… L’article 15 de la Révolution de 1789 inscrivait déjà que la société devait assurer la subsistance de tous les citoyens pauvres. L’ordonnance de 1945 voit la création de la Sécurité Sociale. Il s’agit maintenant d’en faire vivre les 4 grands principes et de construire les 138 caisses nécessaires dans le pays. Des ouvriers, des syndicalistes prennent sur leurs congés pour bâtir les locaux. Les 4 principes fondamentaux sont : - l’unicité, l’universalité, la solidarité, la démocratie.

Bien sûr, l’ordonnance de 1945 ne fut pas votée par tous, les médecins eux-mêmes redoutant la fixation des tarifs et, depuis 70 ans, les attaques n’ont pas cessé. D’où que l’on ait à mesurer la modernité du personnage Croizat qui met l’humain au centre des choix politiques et de l’action !

Ambroise Croizat meurt jeune, en 1951. Il a 50 ans. Le bagne, le travail acharné ont eu raison de sa santé mais résonne encore le beau titre de « ministre des travailleurs »

□ Evelyne LAFUMAS


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