Histoire et témoignage : « Vichy, un passé qui ne passe pas »

mercredi 11 septembre 2013
par  PCF Drôme

Lion Feuchtwanger est un écrivain allemand né en 1884. Sa renommée vient de la publication d’une dizaine d’ouvrages, dont l’incomparable Le juif Süss. On sait que les nazis détourneront la signification profonde de cette œuvre pour justifier leur théorie de « la solution finale ».

Déchu de la nationalité allemande, Feuchtwander et son épouse fuient leur pays en 1933 pour s’installer en France où, pensent-ils, il fait bon vivre selon l’adage allemand « comme Dieu en France ».

La débâcle française de mai-juin 1940 surprend cet homme que l’opinion française commence à « dévisager étrangement », peut être du fait de ses origines juives.

Commence alors le « chemin de croix » de cette famille paisiblement installée à Sanary, petit bourg tranquille du département des Bouches du Rhône.

Dès juillet 1940, le régime de Vichy lance les hostilités contre « les communautés étrangères » ; à la mi mai 1940, Vichy (on rappelle que la loi du 4 juillet 1940 octroie les pleins pouvoirs à Pétain) entreprend de « rassembler dans des camps » (ici aux Milles, une tuilerie abandonnée dans la campagne aixoise), tous les étrangers, souvent des juifs, qui résident sur le territoire. Séparé de son épouse qui est dirigée vers le camp de Gurs dans les Pyrénées, l’auteur découvre les affres de la vie de détention imposée par des « gardes chiourmes » français dont le principal caractère était le « je-m’en-foutisme » ordinaire, le « manque de générosité », le « conformisme » ou encore « l’esprit de routine » (page 53).

Ce camp rassemble de nombreux intellectuels et artistes allemands (tels Max Ernst, Marc Chagall, Heinrich Mann, Hans Bellmer, Otto Meyerhoff, prix Nobel de médecine, Karl X. revenu de Dachau), car, selon la version officielle, « les autorités supposaient qu’il y avait des nazis parmi ceux d’entre nous qui étaient nés en Europe centrale » (page 52).

L’ouvrage de plus de 300 pages, paru en 1942, relate par le détail le quotidien de milliers (jusqu’à 3000 hommes en 1940 puis 10 000 en 1942) de détenus, soumis aux caprices des gardiens du camp, plus ou moins bien intentionnés envers ces « étrangers », dont Alexandre Adler dans la préface souligne que « cette petite bureaucratie de réservistes frémissait déjà dans l’attente de Vichy » ; pour terminer sur cette phrase : « nous sommes ici dans la sourde banalité du mal » (page 8).

Mais ce qui frappe le plus dans ce témoignage, ce sont les réflexions et les analyses que porte l’auteur, pourtant « socialement privilégié », sur le « transcendantal pétainisme » d’une majorité de français (Alain Badiou).
Page 199, Feuchtwanger énonce cette assertion qui en dit long sur le jugement qu’il porte envers les intellectuels d’alors : « Si l’on rencontre souvent le courage physique à notre époque, le courage intellectuel n’en est que plus rare dans le monde actuel…et des gens qui avaient fait leur preuve dans cette guerre alors qu’ils étaient exposés au plus grand péril physique, ne trouvaient pas le courage de leurs opinions ». Et plus loin, page 278, l’auteur note qu’ « il était de plus en plus clair qu’aucune raison militaire défendable ne pouvait expliquer toutes ces mesures, mais que seule la haine pouvait les avoir motivées, la haine des partisans français d’Hitler à l’égard des allemands anti-fascistes ». Pour Feuchtwanger, il ne fait aucun doute que « le gouvernement Pétain, de plus en plus fascisant, n’a rien à envier aux nazis » (page 297).

● le 4 octobre 2013, l’A.N.A.C.R Montélimar organise un déplacement et la visite du camp des Milles aménagé en 2013.

●le 3 avril 2014, l’Université populaire de Montélimar coordonne, avec le Musée de la Résistance du Teil d’Ardèche, un déplacement sur le site mémorial du camp des Milles.


Gérard Molines, Montélimar