Actu chevaleresque : Médicaments dérivés du sang, lasagnes et chevaux roumains

mardi 26 février 2013
par  Jean Pierre BASSET

En apprenant, vendredi 8 février, que le bœuf annoncé dans les produits transformés de marque Findus était en réalité du cheval roumain, les français ont découvert que les circuits de commercialisation de la viande étaient inconnus et surtout incontrôlés.

Depuis la mi-2012, le LFB (Laboratoire du Fractionnement et des Biotechnologies) établissement public, qui produit les Médicaments Dérivés du Sang (MDS) (1) est en difficulté, 280 emplois sur 1600 risquant d’être supprimés.

50% des MDS est désormais livré aux hôpitaux par des multinationales concurrentes du LFB, plus de 50% pour les « Immunoglobulines » l’un des MDS les plus importants.

Le LFB perd les appels d’offre des hôpitaux car il est soumis à une coûteuse cascade de quinze (15) contraintes sanitaires que ne subissent pas ses concurrents (« Coûts spécifiques » page 91 du rapport IGAS).

En clair, si les normes sanitaires européennes sont suffisantes, il faut supprimer les 15 exigences françaises imposées au seul LFB. Si les exigences françaises sont nécessaires les médicaments concurrents du LFB doivent y être soumis ou être interdits en France. Car 50% de 500 000 malades par an sont traités par des MDS importés.

Second problème : tous les Médicaments Dérivés du Sang utilisés en France doivent avoir une origine « éthique », c’est à dire être issus d’un don bénévole. C’est la loi !

Or, l’IGAS fait la démonstration qu’aucun contrôle n’est effectué sur l’origine éthique, tout au long de 4 pages (31, 32, 33 et 35) conclues par : « Au total, l’origine éthique des médicaments dérivés du sang figure dans les demandes des autorités françaises et se traduit dans les engagements déclaratifs des laboratoires », (les multinationales). Comme pour « l’auto contrôle » des marchands de lasagnes !

Il est vrai qu’à la volonté de ne pas défendre le système transfusionnel français éthique, hors commerce, s’ajoute la raréfaction d’emplois de contrôleur en application de la RGPP. Et sans doute faut-il du courage pour risquer d’irriter des multinationales.

Les constatations de cet état de fait dans le rapport de l’IGAS (nov. 2010) se traduisaient par deux « recommandations » qu’aucune autorité gouvernementale n’a mises en œuvre avant ou après juin 2012.

C’est pourquoi, les associations de donneurs de sang ont interpellé tous les parlementaires français depuis deux mois afin qu’ils interviennent auprès de Marisol Touraine, ministre de la santé. Beaucoup l’ont fait, tous dans certains départements. Mais à ce jour (13 février) pas de réponse, pas de prise de position, pas de décision de Madame la ministre.

Du bœuf français remplacé par du cheval roumain dans des lasagnes, c’est choquant. Gouvernement et ministres sont sur les dents, montent au front, le Conseil des ministres européen est saisi.

Des médicaments venus d’on ne sait où, fabriqués on ne sait comment (2), administrés ou injectés à 250 000 malades. Les autorités gouvernementales s’en foutent. Ils n’avaient qu’à naitre ou rester en bonne santé ! ◼

Jean Pierre BASSET
Militant du don de sang, bénévole , Valence


IGAS : Inspection Générale des Affaires Sociales, le rapport de nov 2010 (Autosuffisance en produits sanguins) est public
1) Les MDS traitent les « Déficits immunitaires » (par les immunoglobulines), les « Déficits de coagulation » (hémophilie par ex avec les "Facteurs VIII", "IX", "XI"..) des maladies "auto-immunes", des "maladies rares " (Déficit alfa 1 antitrypsine), des maladies neurologiques rares. Le LFB est le seul laboratoire au monde à produire un " facteur" de haute pureté permettant de traiter la « maladie de Willebrand ». D’autre MDS , "Albumine", "antithrombine", "Fibrinogène" sont utilisés en soins intensifs
2) Le 24 septembre 2010 l’immunoglobuline d’une des multinationales concurrente du LFB a vu son AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) retirée par l’EMA (Agence Européenne des Médicaments) après un série « d’effets thromboemboliques » (parfois des morts).