L’Europe que nous voulons !

vendredi 5 octobre 2012
par  Fred DEVINE

Dimanche dernier 80 000 personnes ont battu le pavé parisien pour faire entendre un autre son de cloche à gauche sur la question du traité européen dit TSCG. Manif anti-européenne ! Baroud d’honneur de la gauche radicale ! Première manif anti-Hollande ! Autant de commentaires des médias autorisés qui, une fois de plus, ont fait la démonstration de leur mauvaise foi ou pire de leur incurie.

Non ! Dix-mille fois NON ! Du même NON qui fut majoritaire en 2005. Ceux qui ont défilé dimanche dernier veulent une autre Europe mais ça, les « biens pensants », ne veulent pas en entendre parler. Il est beaucoup plus commode de jeter l’anathème : « vous êtes contre l’Europe », circulez il n’y a rien à voir ! N’oubliant pas au passage d’amalgamer le Parti communiste et le Front de gauche avec les souverainistes et nationalistes de tous poils, FHaine en tête. Les mêmes arguments rabâchés jusqu’à la nausée n’illusionnent plus personne.

Mais que veulent-ils, au fait, tous ses progressistes qui s’opposent à ce traité ? Paraît qu’il y en a même du côté des Verts et du PS, n‘en déplaise à Mrs Hollande et Ayrault. D’une autre Europe ! Pas celle des marchés et de la finance qui a mis les pays européens en coupe réglée et qui nous mène droit à l’horreur économique. Ils ne veulent plus de cette Europe technocratique qui priorise le taux de rentabilité sur les hommes. L’Humain d’abord ! S’ils défilent, tractent et pétitionnent pour exiger un référendum, c’est parce qu’ils sont convaincus que l’on ne peut plus continuer ainsi. Pas plus à Paris, qu’à Madrid, Athènes ou encore Lisbonne où des milliers de personnes ont fait entendre ces derniers jours leur refus de payer la crise, celle du capitalisme financier.

Non nous n’en pouvons plus de cette Europe qui dresse les travailleurs les uns contre les autres au nom de la concurrence libre et non faussée, qui renfloue les banques sans sourciller [1] pour mieux saigner les budgets publics et au final imposer l’austérité partout. Nous n’en pouvons plus de cette Europe qui renvoie systématiquement la prise en compte des droits des travailleurs aux calendes grecques et qui prive les peuples de leur souveraineté. Non, aucun argument politicien de tactique à courte vue tels que ceux que les dirigeants socialistes utilisent ces derniers jours, ne peuvent nous faire dévier de notre but.

Ce que nous voulons c’est autre chose ! Dire NON à cette Europe mais pour mieux faire avancer, enfin, une Europe sociale et démocratique.
Pas possible ! nous rabâchent à l’envie tous les zélateurs, de droite comme de gauche, de ce fameux traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG). Mais lisez l’Humanité de mardi dernier ! Vous trouverez plusieurs pistes pour réorienter la politique européenne. Je prendrai deux exemples parmi les plus significatifs, tout d’abord, la politique monétaire et la BCE et ensuite la question des droits des travailleurs.

Sur la question monétaire, nous les communistes, disons depuis Maastricht (1992) que la BCE est une institution qui en l’état joue contre la croissance et l’emploi et qu’il faut donc en priorité revoir de fond en comble son statut et ses missions.
1) Elle ne doit plus être indépendante et doit rendre des comptes au politique.
2) Elle doit se donner comme mission d’aider au développement économique en prêtant directement aux Etats et en favorisant les crédits utiles aux entreprises.
3) Elle doit lutter contre le cancer de la finance en asséchant les marchés financiers qui font aujourd’hui, de fait, la loi.

Dois-je rappeler, ici que la mission prioritaire de la BCE (Maastricht toujours) est la lutte contre l’inflation c’est-à-dire la préservation de la rente et donc des intérêts capitalistes ? Qu’attend-on pour changer de voie ? Hollande a parlé, fut un temps, de renégociation, chiche !

Sur la question des droits des travailleurs, il y a urgence ! Voilà plus de vingt ans que l’on nous dit laissez faire les traités (je ne vais pas ici en faire la litanie) et après vous aurez une Europe sociale.

Qui peut encore croire à cette fable ? Nous voulons des droits sociaux reconnus à l’échelle européenne, ici et maintenant. Je ne donnerai que l’exemple du droit des salariés à peser dans la gestion de leur entreprise. Peut-on accepter longtemps qu’ils n’aient pas leur mot à dire ?
On le sait les délocalisations, le dumping fiscal sont devenus des modes de gestion sur tout le continent. Qui y perd ? Tous les travailleurs quel que soit le pays dans lequel ils résident. Au final, c’est la croissance, l’emploi et même la stabilité qui sont partout menacés. Qui peut mieux que les salariés par l’intermédiaire de leurs syndicats imposer une autre gestion économique ? Au fait la Confédération européenne des syndicats (CES) appelle à refuser ce traité … cela devrait à gauche en interpeler plus d’un.

C’est bien d’une autre Europe dont nous avons besoin, ce qui est sûr c’est que le fameux traité Merkozy est un obstacle supplémentaire de taille sur le chemin que nous voulons emprunter.
Alors pas de doute les communistes sont partout mobilisés pour débattre et expliquer pourquoi il faut un référendum sur ce traité qui porte atteinte à notre souveraineté.
La bataille est lancée en grand et elle va se poursuivre bien au-delà du mois d’octobre où le texte va être discuté à l’Assemblée puis au Sénat.
A Romans, rendez-vous ce samedi 6 octobre devant la foire à 14H.

Fréderic DEVINE—Romans
Membre de la direction départementale du PCF


[1 1000 milliards d’euros ont été injectés dans le système bancaire par la BCE pour faire face aux risques de faillites bancaires entre décembre 2011 et février 2012.