Don de sang , éthique une machination mise en échec

mercredi 30 novembre 2011
par  Jean Pierre BASSET

Une attaque sans précédent vient de se dérouler contre notre système transfusionnel. Contrairement aux tentatives passées qui visaient les "Médicaments Dérivés du Sang", cette fois c’est le "Plasma Thérapeutique" transfusé aux malades qui a fait l’objet d’une manipulation organisée par les plus hautes autorités sanitaires, l’AFSSaPS, la DGS (ministère de la santé) et la participation contrainte, à mon avis, de l’EFS (Etablissement Français du Sang, service public).

Une mobilisation très rapide des structures associatives des donneurs de sang avec en Rhône Alpes des rassemblements devant les préfectures a fait échouer l’opération qui visait à détruire le système éthique français, hors commerce, en décidant d’importer 75% de nos besoins , achetés à une multinationale basée fiscalement en Suisse, Octapharma.

Prétextant des "allergies" provoquées par le "Plasma viro atténué Bleu de Méthylène", l’AFSSaPS a décidé d’arrêter progressivement l’utilisation de ce produit à partir du 1er octobre définitivement au 1er mars 2012. Il devait être remplacé par le "Solvant Détergent" produit par l’usine EFS de Bordeaux à hauteur de 75% des besoins, un 3ème procédé "l’Amotosalem" assurant les 25% restants en développant sa production dans 3 nouvelles régions EFS, Ile de France, Pyrénées/Méditerranée et PACA.

Mais l’usine de Bordeaux -qui avait déjà eu des problèmes- est tombée en panne le 12 septembre. Puis un enchainement de dysfonctionnements s’est produit, trop miraculeux pour ne pas être suspect .

Fin octobre, dans ces conditions, les stocks de plasma s’étaient réduits de 20 semaines (la sécurité) à 9 semaines (la pénurie). Et, sans que cela ne figure explicitement dans l’ordre du jour, le CCE de l’EFS réuni le 3 novembre apprenait en fin de séance la décision : « Nous allons importer le plasma thérapeutique nécessaire en nous fournissant chez Octapharma ».

Ce « marché » est considérable, 75% de 370 000 poches, annoncé dans l’urgence -sans appel d’offres- alors que le dogme sacré de l’Europe est la mise en concurrence. Le surcoût entre le tarif des poches fournies par l’EFS service public et le prix de vente de Octapharma est de l’ordre de 28 millions d’Euros pour la Sécu au moment ou partout le gouvernement proclame la nécessité de réduire les déficits.

Heureusement prévenu par une indiscrétion, en Rhône Alpes nous avions décidé de la riposte dès la veille du CCE. Une fois ce dernier tenu, la fédération nationale des donneurs de sang (La FFDSB) a exprimé son refus et la révélation de cette affaire diffusée sur de grands médias (A2, France Info) par Rhône Alpes l’a fait capoter.

Le déroulement des faits entre le 3/11 et le 9/11 tient du Grand Guignol avec publication de deux arrêtés au JO par l’AFSSAPS dont un le dimanche 6/11 et d’un communiqué de la DGS, du jamais vu !

Cette opération a été organisée pour porter un coup à l’éthique en commercialisant en France des produits humains issus de collectes le plus souvent rémunérées [1] de Octapharma. Cette société et son PDG Wolfgang Marguerre avaient déposé une plainte il y a deux ans contre la FFDSB après que cette dernière ait dénoncé la nomination à l’ordre de la Légion d’Honneur dudit PDG par … N.Sarkozy . Ils ont été déboutés.

De plus Octapharma vient d’être condamnée , après..... 23 ans de procédure, à indemniser l’EFS à hauteur de 200 millions d’Euros après que sa structure de Lille ait déposé plainte pour vol de brevets. De là à penser qu’en plus du coup porté à l’éthique il y avait un dédommagement " à la pénalité de 200 millions.

Des "questions écrites" sont actuellement déposées auprès du ministre pour tenter de tirer au clair l’organisation de cette machination qui s’inscrit dans la marchandisation de la santé déjà partiellement mise en œuvre avec la loi Hôpital Patient Santé Territoire

Jean Pierre BASSET


[1Un rapport de l’IGAS sur "l’autosuffisance en produits sanguins" démontre que l’AFSSaPS ne contrôle pas le caractère éthique ou non des produits sanguins importés.