Chaussure romanaise : pour une nouvelle production

mardi 11 octobre 2011
par  Jean Marc DURAND

L’industrie de la chaussure s’est développée sur le bassin d’emplois Romanais à partir d’une conjonction d’éléments objectifs.

D’une part : l’existence d’une industrie de tannerie et de mégisserie en raison d’une activité d’élevage, une alimentation importante en eau de source et la proximité de production de semelles bois.

D’autre part : une main d’œuvre disponible due au déclin de la draperie chanvre et à la mécanisation de l’agriculture. Développée à partir de créateurs locaux dans le cadre d’entreprises familiales, cette industrie écrira les pages de gloire de la chaussure de luxe de Romans. Bien qu’à forte valeur ajoutée, elle sera poussée au déclin par l’obsession du taux de profit maximal.

En une vingtaine d’années, ce fleuron industriel Romano-Péageois aura vécu une vraie hémorragie de ses emplois et de son activité, avec des fermetures d’entreprises jusqu’au début des années 2000. L’arrivée des financiers en décimant les emplois, les savoirs faire et l’industrie aboutira en 2005 à la fermeture de deux chausseurs renommés : Kélian et Jourdan.

Ce qui, ici, avait permis le développement de l’industrie de la chaussure de luxe restait présent et disponible. Mais tel n’était pas le dessein des détenteurs de capitaux, les rendements n’étant pas jugés assez juteux ! Les luttes des salariés n’auront pas permis d’inverser ce processus. Pour autant leur combat souvent bien esseulé, de nombreux décideurs industriels et politiques ayant tiré un trait sur cette production, n’aura pas été vain.

Aujourd’hui en effet, ces marques emblématiques, leurs licences de production rachetées par le groupe Royer, reprennent peu à peu vie dans de nouveaux ateliers en même temps que sont rouverts quelques magasins. Si d’autres unités de production restent actives sur le bassin, elles n’ont pas la capacité d’une production industrielle.

Les communistes de la localité comme les syndicalistes Cgt qui se sont toujours battus contre la casse de l’industrie de la Chaussure romanaise et qui n’ont cessé d’agir pour sa relance, ne peuvent qu’accueillir positivement ces premiers signes de redémarrage. Ils permettent d’envisager un renouveau de la filière cuir et chaussures sur ce bassin d’activités. Perspective renforcée par l’engagement du groupe chinois U & Fung, repreneur de Clergerie, de redynamiser cette marque en doublant son chiffre d’affaires, actuellement de 20 millions d’euros.

La CGT au plan syndical, le PCF au plan politique défendent l’idée qu’il y a de la place en France et sur notre territoire pour une production industrielle de chaussures. Se pose le problème de l’investissement, de la mise à disposition de capitaux, de la capacité de créativité, des circuits de productions et de vente ainsi que de la promotion commerciale. Des milliers d’emplois sont en jeu.

Il ne s’agit naturellement pas de prôner le retour du capitalisme patrimonial mais de réfléchir à un autre type d’entreprise affranchi des critères de gestion privée. Bref, un nouveau mode de production dont les objectifs, les moyens, la gestion, prendrait le contre-pied de l’entreprise capitaliste. Des générations de travailleurs ont construit la fortune de chausseurs et une réputation encore vivace à Romans d’un travail soigné.

Faire fructifier ce savoir-faire, c’est aujourd’hui avancer avec le double objectif :

- D’introduire de nouveaux critères de gestion sociale à base de nouveaux droits et pouvoirs d’intervention des salariés décidant des produits et de l’utilisation des fruits de la richesse créée ;

- De mobiliser le crédit bancaire pour qu’il finance le développement industriel à des taux d’autant plus bas que des engagements seraient pris en faveur de l’emploi et de la formation.

De la confrontation avec la matière noble qu’est le cuir, le territoire Romanais est marqué du sceau de la créativité.

Yves DOMARD : syndicaliste CGT Drôme.
Jean-Marc DURAND : Membre de l’Exécutif PCF Drôme.