« Un mouvement très large contre le projet néolibéral de Netanyahou »

mardi 16 août 2011
par  Communication Pcf 26

l’Humanité le 8 Août 2011

Israël

Dov Khenin « Un mouvement très large contre le projet néolibéral de Netanyahou »

Dov Khenin est député communiste au Parlement israélien, la Knesset.

Pour l’Humanité, il tire les enseignements de cette imposante mobilisation populaire « extrêmement importante
à ses yeux si l’on veut changer la réalité israélienne et moyen-orientale ».

Tel-Aviv (Israël), envoyé spécial.

Avez-vous été surpris par ce mouvement de protestation ?

Dov Khenin : Pas du tout ! Nous avions l’expérience de « La ville pour tous », liste créée pour les élections municipales à Tel-Aviv.

Contre toute attente, et sans argent, contre le front politique qui allait de l’aile droite (parti religieux, Kadima, Likoud) aux travaillistes et même au Meretz, nous avons réussi à établir un mouvement local, rouge-vert, «  La ville pour tous  », et obtenu environ 35 % des votes, dont une très large majorité provenait de la jeunesse. D’une certaine manière, « La ville pour tous » était un prélude au développement de ce vaste mouvement existant dans la société israélienne.

Il est très important de noter que si Tel-Aviv est en quelque sorte à l’avant-garde, elle n’est pas seule. La lutte se déroule partout dans le pays. Il y a plus de 50 camps de tentes. Et il y a un énorme soutien public au mouvement.

Il faut souligner qu’auparavant il y a eu un débat parmi les gens de gauche. Le débat se focalisait sur la question de savoir s’il y avait une possibilité pour une vraie gauche populaire dans la société israélienne. Y a-t-il une possibilité pour la vraie gauche israélienne de gagner un soutien de masse ? Je pense que ce débat est terminé.

Parce que tous ceux qui suivent la société israélienne et les développements en Israël peuvent voir clairement qu’il y a un vrai et fort mouvement avec une inclinaison socialiste.

La lutte interne existante en Israël est devenue de plus en plus évidente. C’est important de le réaliser, surtout pour ceux qui voient toujours la société israélienne comme très liée au régime et au gouvernement israéliens et, de fait, en voulant s’opposer au gouvernement israélien s’opposent à la société israélienne elle-même.

Si vous regardez la protestation populaire existant en Israël, vous voyez qu’il existe une lutte intérieure en cours et que cette lutte est extrêmement importante si l’on veut changer la réalité israélienne et moyen-orientale.

Quelles sont les principales caractéristiques de ce mouvement ?

Dov Khenin : C’est un mouvement très large, populaire, qui
se concentre sur l’opposition au projet néolibéral existant
de « Bibi » Netanyahou.
Mais c’est un mouvement
qui comporte des valeurs
et des inclinaisons socialistes même si les demandes exactes
de ce mouvement ne sont pas définies profondément jusqu’à présent. Mais elles le seront. Objectivement parlant,
c’est un mouvement contre
la droite au pouvoir, mais aussi contre la frange la plus importante de l’opposition qui est aussi néolibérale que le gouvernement Likoud.

Parti du problème de logement, le mouvement touche tous les aspects de la société.

Cela concerne-t-il aussi le processus de paix ?

Dov Khenin : Le gouvernement utilise beaucoup d’effets de manche
et attaque le mouvement. Depuis le début, il dit que le mouvement est dirigé par des communistes,
des staliniens, l’extrême gauche, qu’il s’agit d’une vicieuse conspiration pour renverser
le gouvernement élu. Mais ça ne marche pas. Le danger existe que l’establishment utilise les vieilles ficelles, qu’il crée une sorte de crise sécuritaire.
Ce peut être une énorme crise, avec une guerre régionale
incluant l’Iran, mais ce peut être local, en attisant la situation
dans la bande de Gaza.
Ils travaillent beaucoup sur ce dernier point.

Le lien interne entre les problèmes sociaux et les problèmes de paix et de sécurité est là. Les gens posent la question de l’utilisation de l’argent. Et on sait que cet argent est utilisé pour les colonies dans les territoires occupés. Mais jusqu’à présent, cette question n’est pas majeure.

Entretien réalisé par P. B.