Pour 2012 mettons nos forces en commun pour l’émergence d’une « sécu d’emploi et de formations »

lundi 30 mai 2011
par  Jean-Michel BOCHATON

Huit informations, qui isolées les unes des autres peuvent paraître sans liens, viennent confirmer à mes yeux l’urgence de voir la diversité des forces de gauche s’emparer des enjeux liés à la proposition de création d’une sécu d’emploi et de formation :

- L’annonce de Xavier Bertrand sur « la baisse du chomage » s’appuie sur l’explosion de la précarité, les CDD, le temps partiel, l’intérim, les bas salaires.

- Le budget 2011 de Pôle Emploi vient d’être gravement amputé de 18OO postes et d’une baisse drastique des budgets concernant les formations des chômeurs.

- La volonté affirmée d’Alain Rousset, Pdt de l’ARF, revendiquant « un acte 3 » de la décentralisation par le transfert total des compétences de l’Etat vers les régions en matière d’emploi, d’économie, d’aide aux entreprises, de formations initiales et continues, l’apprentissage zappe carrément la cohérence nationale et la nécessaire intervention de l’état.

- Le récent congrès de la CES à Athènes a vu le concept de « flex-sécuruité » très contesté notamment par les syndicalistes de l’Europe du Nord.

- Les régions doivent au pas de charge avant l’été adopter les Contrats de Plan Régionaux des formations Professionnelles découlant de la loi sur injonction et pilotage de l’Etat.

- La vague des « indignados » qui s’étend d’Espagne à nos places françaises voit son origine dans l’impossibilité de la jeunesse à trouver sa place dans la société et sur le marché du travail.

- La situation est extrêmement critique pour les AFPA, GRETA, réseaux associatifs et solidaires fédérant de nombreuses structures de formations professionnelles avec l’abandon des politiques d’Etat pour l’accompagnement des demandeurs d’emploi à laquelle s’ajoute l’obligation de mise en concurrence.

- L’annonce de 16.000 suppressions de postes dans le budget de l’éducation nationale dont les lycées professionnels et techniques. L’alternance et l’apprentissage étant la seule voie prônée par le Medef et l’UMP.

Dans un tel contexte, il est sain et nécessaire de rappeler que la formation professionnelle n’est pas une marchandise !

A l’initiative d’économistes, militants et élus communistes, la proposition de créer une Sécurité Sociale d’Emploi et de Formations a tout d’abord fait ricaner. Elle a, depuis, fait son chemin.

Pour mémoire rappelons ce qu’écrivaient 5 signataires, dont Yves Dimicoli et François Auguste, dans la préparation des Assises Nationales pour une Sécurité d’emploi et de Formation, à l’initiative du PCF dans une tribune du journal l’Humanité : « c’est l’idée que dans le cadre d’un service public et social de sécurisation de l’emploi et de la formation soit instaurée une couverture universelle par l’affiliation à ce service, dès la fin de l’obligation scolaire (comme pour la Sécu) ouvrant des droits à des revenus minima décents et des formations continues progressivement relevées, des bilans et des aides ».

Il s’agit de permettre à tout citoyen débouchant sur le monde du travail, après sa scolarité, de disposer de points d’appuis permanents et publics lui garantissant un revenu, lui garantissant de se construire son parcours de vie et d’emploi à partir d’outils et de moyens accessibles à tous.

Cette proposition est révolutionnaire en ce sens qu’elle se situe dans le prolongement de ce qu’a construit l’Humanité au fil des siècles : un processus permanent pour lutter contre la précarité de l’existence et agir pour mettre en place des solutions collectives et justes, pour ne pas être qu’un producteur asservi, corvéable, serviable et révocable à merci. Plus la sécurisation sociale, professionnelle et citoyenne est effective, plus cela permet de libérer du temps pour vivre aussi sa vie d’Homme. La part d’énergie et de temps consacrée à la recherche de moyens de subsistance, à « la reconstitution de sa force de travail » étant de fait stabilisée et garantie.

A l’heure actuelle ni le programme du PS, ni le programme partagé du Front de Gauche, en cours d’écriture, n’amènent de réponses suffisamment fortes et cohérentes pour être en rupture avec la pensée unique et pour créer les conditions, dans les luttes et les mobilisations citoyennes, de faire entrer dans la loi en 2012 la création d’une sécu d’emploi et de formation.

Au sein même du PCF, si la partie économique et sociale de cette proposition a été la plus travaillée, il convient d’articuler ces aspects à la dimension formation initiale, à la nécessité de créer un vrai ministère de la Formation Professionnelle, de définir la manière dont on va pouvoir s ’appuyer sur des services publics pour porter ces politiques, de dire quel financement nécessaire est à mettre en place pour porter un tel projet fondateur, de préciser les droits nouveaux à créer pour les salariés et les demandeurs d’emploi, de proposer une refonte du code du travail pour limiter et encadrer l’utilisation des contrats précaires et CDD….

L’appel des Glières lancé dimanche dernier nous invite à repenser les Résistances de notre temps et les contours d’un nouveau programme du CNR. Il y a donc nécessité qu’un large débat s’ouvre d’ici 2012 autour de cette proposition entre précaires, syndicats, forces de gauche, salariés, citoyens, enseignants, éducateurs, formateurs, inspecteurs du travail, agents de Pôle-Emploi, des Greta, des AFPA, des Missions locales, élus locaux , régionaux et parlementaires. Demain ? C’est aujourd’hui ! Alors commençons maintenant…..

Jean-Michel Bochaton
Adjoint a l’économie-emploi de Portes les Valence.