PSYCHIATRIE

lundi 4 avril 2011
par  Yvonne ALLEGRET

A l’Assemblée nationale, une majorité a voté le projet de loi gouvernemental relatif « aux droits et à la protection des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques  » 

Ce texte instaure une obligation de soins sans consentement y compris lorsque le patient n’est pas hospitalisé.

Pour le docteur Mathieu Bellahsen, psychiatre de secteur [1] « Ces « soins » partent d’un postulat précis : ce qui soigne, ce sont d’abord et avant tout les médicaments » ….. « les soins psychiques, s’ils intègrent les psychotropes, nécessitent la prise en compte de la singularité des personnes dans leur rapport à la maladie, à leur histoire, à leur environnement pour tenter de mettre du sens aux catastrophes existentielles traversées. Ils nécessitent des dispositifs complexes, l’expérience clinique quotidienne nous enseignant que les médicaments ne suffisent pas à réinscrire les patients les plus en détresse dans un lien social »

Tous les syndicats des psychiatres du public et du privé se sont prononcés contre ce projet de loi sur l’hospitalisation sous contrainte, qu’ils jugent « inadapté » et « inapplicable » car « il assimile trouble mental à délinquance ». Ils sont soutenus par les représentants des magistrats et de la Ligue des Droits de l’Homme.

1O.OOO signataires, au premier rang desquels Stéphane Hessel, Jacques Ralite, Edgar Morin, Yves Clot ou Rony Brauman, ont dénoncé le projet de loi dans un appel « du Collectif des 39 contre la nuit sécuritaire »
Pour le Parti Communiste le projet n’améliorera pas les conditions de soins de cette population. Elle ne garantira pas la sécurité des personnes. Ce n’est pas une loi de police sécuritaire dont a besoin notre société, mais d’une loi sanitaire, développant une psychiatrie moderne et humaniste, garantissant à tous les patients une qualité de soins et une continuité des soins.

Cela exige qu’elle réponde à certains principes :
- les troubles psychiques ne doivent plus être considérés comme des troubles dévalorisants, ni associés à la dangerosité. Il faut déstigmatiser la maladie mentale, avec tous les moyens de communication et pédagogique qu’offre notre société ;
- Tout soin sous contrainte est une mesure de « droit d’exception » à l’ encontre de celui qui en est l’objet. Il est impératif que celui-ci puisse réintégrer le » droit commun » sitôt que son état le permet 
- la mission de la psychiatrie et des soignants en psychiatrie est avant tout de prendre soin de ces personnes et non de traiter de symptômes, ni de contrôler des populations ;
- la psychiatrie, et particulièrement le secteur, a pour obligation de maintenir le lien thérapeutique avec les patients et de leur garantir une continuité des soins une qualité optimum ;
- tous les professionnels exerçant en psychiatrie doivent bénéficier d’une formation spécifique leur permettant d’appréhender la réalité psychopathologique des personnes dont ils ont la charge ;
- l’Etat a une obligation de moyens à mettre à la disposition de la psychiatrie publique pour qu’elle puisse assumer sa mission ;

Le débat va se poursuivre au Sénat. Comment faire connaitre aux soignants, aux associations nos propositions ?

Yvonne ALLEGRET


[1Huma du 12 et 13 MARS 2O11