Justice et liberté pour MUMIA ABU JAMAL

vendredi 10 décembre 2010
par  Les Allobroges de la Drôme

Une délégation composés d’élus du PCF, d’un représentant du SNJ CGT, et de deux responsables du collectif unitaire national pour Mumia, s’est rendue à Philadelphie, pour le procès de Mumia Abu Jamal. Ci-dessous le compte rendu.

Deux lignes d’un discours où la haine a remplacé la justice : Maureen Faulkner (veuve de Daniel Faulkner, policier tué à l’origine de l’affaire) dans l’Inquirer : « mettez l’homme (Mumia) à mort pour ce qu’il a fait. Mon mari a été assassiné par préméditation et malveillance le 9 décembre 1981 et aujourd’hui je suis assise 30 ans plus tard au tribunal ».

Le discours officiel de l’Ordre Fraternel de la Police (FOP – syndicat de policiers d’extrême droite, très influent à Philadelphie) est clair : un journaliste noir américain dénonçant les violences policières et ayant milité pour les Blacks Panthers est forcément un tueur de flic convaincu. Dans le cas Mumia c’en est assez pour le FOP, il faut le « faire griller ». Mais quelque chose les gêne : la survivance d’un espoir, celui que Mumia ne soit pas exécuté et puisse un jour avoir les moyens de prouver son innocence.

Le cœur de l’affaire Mumia Abu Jamal résonne d’un espoir : ne pas se résigner à une justice raciste qui a condamné et veut faire exécuter un innocent. L’effort mêlé des militants locaux et internationaux en faveur de la libération de Mumia Abu Jamal aura permis de ne pas refermer une porte, un trou de souris désormais, celui menant à un procès équitable, celui menant à une justice digne de ce nom.

Nous étions 9 français au milieu de 500 militants venus de tous les Etats-Unis (et 2 d’Allemagne) pour manifester notre soutien « brique par brique, mur par mur » à Mumia Abu Jamal devant la Cour Fédérale de 3ème Circuit, à Philadelphie le 9 novembre 2010. Une manifestation bariolée, scandant le soutien à Mumia, affichant l’« espoir » d’une intervention d’Obama ou de son ministre de la Justice Eric Holder, affichant aussi la colère à l’encontre du procureur Seth Williams, premier défenseur de la culpabilité de Mumia et aussi de Ed Rendell, ancien gouverneur démocrate de Pennsylvanie.

Bobigny était représentée lors de ce moment, toujours particulier, où la justice se penche sur l’affaire, encore. Les élus de la ville étaient au rendez-vous 11 ans après avoir élevé Mumia Abu Jamal au rang de citoyen d’honneur de la ville de Bobigny. Les militants aussi étaient très présents, par leurs prénoms -« Stéphane », « Vincent », « Audrey »…- dont on prenait des nouvelles. Dire que Bobigny a apporté une contribution forte au combat n’est pas peu dire. La continuité d’un engagement vérifie des valeurs, les fait grandir. C’est aussi ça qui rend une ville belle.

L’audience portait sur un micro-aspect de l’affaire : les consignes erronées données aux jurés au moment de statuer sur les possibles circonstances atténuantes. Le juge de l’époque a-t-il donné une mauvaise information – l’unanimité des jurés pour valider les circonstances atténuantes – à tous les jurés ? Cela relève-t-il d’un cas similaire (Mills) où la condamnation avait été rejugée ou d’une nouvelle jurisprudence (Spisak) fabriquée par la Cour suprême des Etats Unis pour confirmer la peine de mort dans un tel cas ?
Ce qui est sûr, c’est qu’entre la peine de mort et la peine de prison à vie, la mort reste bien présente, au bout du compte. Les juges Scirica, Ambro et Cowen rendront leur décision dans quelques temps, on saura alors s’ils maintiennent leur position et rendent possible la convocation d’un nouveau jury pour la sentence ou s’ils se dédisent en validant la peine de mort tel que le demande implicitement la Cour suprême à travers « Spisak ».

Nous sommes dans les confins de la justice américaine, de laquelle de nouveaux appels, de nouveaux recours peuvent toujours sortir à défaut d’argent.
La bataille juridique prend son souffle dans la mobilisation internationale, en France notamment. La traditionnelle remarque « pourquoi vous intéressez-vous en France à un condamné à mort dont l’opinion publique américaine n’a rien à faire ? » qui nous est lancée par les journalistes locaux à chaque séjour illustre bien notre capacité à changer les rapports de force.
Le syndicat FOP ne s’y est pas trompé et a décidé d’investir le champ de la communication en finançant la sortie d’un film « The Barrel of a Gun » par un réalisateur noir de Philadelphie Tigre Hill. Ce film est une grossière charge à l’encontre de Mumia malgré un habillage pluriel et montre les soutiens internationaux comme des « désaxés », pour reprendre le terme du FOP à propos d’une précédente délégation de Bobigny à Philadelphie.

Cette offensive « cinématographique » cache mal les nombreuses preuves démontrant l’irrégularité du procès et innocentant Mumia, à commencer par des photos découvertes récemment qui montrent l’incohérence des théories balistiques portées par l’accusation et le non-respect des procédures élémentaires sur la scène même du crime.

Un nouveau procès doit pouvoir s’ouvrir, permettant d’entendre tous les témoins à commencer par Mumia et son frère Billy, ce dernier n’ayant jamais témoigné aux procès par crainte des représailles.

Un nouveau documentaire est sorti aux Etats-Unis à propos de Mumia. Il est l’œuvre de Joanna Fernandez, une nouvelle figure très active des soutiens à Philadelphie. Justice on trial : the case of Mumia Abu Jamal reprend le caractère inédit de la lutte pour la libération de Mumia et l’exceptionnelle bataille juridique aux Etats Unis que cela représente.

Les perspectives de la lutte sont à la fois judiciaires, avec les résultats de cette audience, avec les nouveaux recours qui seront déposés, avec la campagne américaine sur la violation des droits civiques de Mumia relayée par la NACCP (association puissante des ressortissants américains de couleur).

Mais la lutte continue d’être politique et c’est à ce niveau-là qu’il faut continuer d’agir. Interpeler Barack Obama et son ministre de la Justice Eric Holder, comme le proposent les soutiens américains et français, interpeler l’ambassadeur des Etats-Unis ici en France.
Continuer l’engagement des collectivités locales, l’engagement citoyen, l’initiative financière. A Bobigny, des rendez-vous se profilent, en premier lieu la dénomination d’une rue Mumia Abu Jamal, la visite d’un jeune balbynien à Mumia dans sa prison, la célébration de l’anniversaire de l’abolition de la peine de mort en France…

En conclusion, je veux simplement citer un camarade de Bobigny qui en retour de mail envoyé depuis Philadelphie me faisait part de son sentiment : « lors de cette audience, ce n’est pas Mumia qui est sur le banc des accusés ; c’est l’espoir qui est jugé. Nous avons besoin de l’espoir. Il ne faut pas le laisser mourir ! »

Benjamin DUMAS
Secrétaire de la section du PCF de Bobigny - Conseiller municipal

Signer la pétition internationale adressée à Barack Obama

Ensemble contre la peine de mort
http://www.abolition.fr/ecpm/french/condamnes-mort.php?ID=528

Ensemble sauvons mumia
http://www.mumiabujamal.net/index.html