Pour financer les retraites, suffit-il de répartir autrement les richessses
Non répond l’économique Denis Durand

lundi 11 octobre 2010
par  PCF Drôme

Le financement des retraites représente aujourd’hui environ 12 % du PIB (Produit Intérieur Brut). Pour garantir la retraite à 60 ans à taux plein pour tous, il faudrait 6 points de PIB supplémentaires, soit 18%.

Facile, entend-on dire souvent à gauche. Il suffit de « changer la répartition des richesses ». Comment ? : Par l’impôt. On ferait payer plus d’impôts aux riches pour financer l’assurance vieillesse. Même pas besoin de changer le pouvoir dans l’entreprise, ni de s’attaquer à la dictature des marchés financiers !

En somme, on pourrait apporter des solutions à la crise du capitalisme… sans changer la société !
Malheureusement, les choses ne se passent pas comme cela dans la « vraie vie »
.

La répartition des richesses dépend de la façon dont elles sont produites. Le meilleur moyen de s’en apercevoir est encore de se souvenir comment les capitalistes et les financiers ont réussi à reprendre 7 points de valeur ajoutée aux salariés.

Cela s’est passé à un moment très précis : entre 1983 et 1990, c’est-à-dire au moment de la libéralisation du système financier.
C’est très précisément à cette époque que les détenteurs de capitaux financiers ont acquis un pouvoir énorme sur les entreprises (et même sur les États, comme la « crise grecque » vient de le démontrer).
Soumis à cette « dictature des actionnaires », les choix de gestion des entreprises ont été subordonnés à une seule obsession : comprimer la masse salariale et dégager le maximum de gains de productivité du travail.
Lorsqu’elles ont eu à décider des projets, des investissements, les entreprises ont choisi ceux qui remplacent des salariés par des machines ou des logiciels.
Au lieu de servir à augmenter les salaires et à développer l’emploi et la formation, les formidables progrès apportés par les nouvelles technologies ont servi à alimenter les profits.

Les politiques économiques ont agi dans le même sens en libéralisant le marché du travail, en favorisant l’explosion des emplois précaires – donc mal rémunérés – et en rognant sur les dépenses publiques.

Ce sont ces politiques et ces choix de gestion qui se sont traduits, en quelques années , par un changement dans la répartition des richesses.

Si on veut vraiment plus d’argent pour les salariés, alors ce sont ces politiques et ces gestions qu’il faut renverser.

Mais ce n’est pas tout. Exiger une « part du gâteau » plus grande pour les salaires, c’est une urgence.
Mais il faut aussi plus d’argent pour les retraites.
Il faut plus d’argent pour l’éducation, la santé, la protection de l’environnement…
Il faut donc un gâteau plus gros !

Mais si on continue d’utiliser les mêmes ingrédients dans les mêmes proportions, le gâteau risque d’être singulièrement indigeste ! Ce sera toujours plus de gains de productivité du travail pour détruire et précariser les emplois, et toujours plus de gaspillage des ressources naturelles !

Il faut donc changer la recette du gâteau :
Il faut imposer, dans les entreprises comme dans le secteur public, d’autres critères de gestion.

Le point de départ, c’est de sécuriser l’emploi et la formation. C’est la condition pour en finir avec les bas salaires.
C’est la base pour créer les richesses à partir desquelles les services publics et la protection sociale peuvent être financés.
Un million de chômeurs en moins, c’est cinq milliards de plus qui rentrent dans les caisses de la Sécurité sociale.
Mais pour cela, il faut conquérir des pouvoirs, non seulement au gouvernement et dans les assemblées mais aussi dans les entreprises et les banques…

Il faut libérer les gestions d’entreprises et les finances publiques des marchés financiers.

Le seul moyen d’y arriver, c’est d’empêcher les banques de financer la spéculation financière, et les obliger à mobiliser le crédit bancaire pour financer les investissements favorables au développement de l’emploi, de la formation, de la recherche, de la protection de l’environnement.

C’est possible, depuis la constitution de fonds régionaux pour l’emploi et la formation jusqu’à la mise en place d’une politique monétaire sélective de la BCE, en passant par la constitution d’un pôle financier public au niveau national.

Ainsi, une nouvelle sélectivité du crédit va dans le même sens que les propositions tendant à renforcer les cotisations patronales et à les moduler pour inciter les entreprises à développer l’emploi et la formation plutôt que de remplacer des hommes par des machines.

Il s’agit, pour les salariés et les citoyens, de prendre de nouveaux pouvoirs sur l’utilisation de l’argent : argent public, argent des banques, argent des entreprises.

C’est bien cela l’essentiel : bien au-delà des mesures de politique économique, ce sont les luttes sociales et politiques qui créeront le rapport de forces capable de faire reculer le pouvoir des marchés financiers et d’ouvrir une alternative au capitalisme.

Denis DURAND,
Economiste, membre du Conseil national du PCF