Une Marseillaise pour les roms, les manouches, ... la liberté, l’égalité et la fraternité

jeudi 2 septembre 2010
par  Les Allobroges de la Drôme

Dans l’attente du rassemblement samedi pour dénoncer la haine, la division et la xénophobie un clin d’œil au centieme anniversaire de la naissance de Django Reinardt et quelques chansons imprégnées de jazz manouche (pourvu que la SACEM ne les dénonce pas……….) !

RDV samedi 4 septembre devant la tour de l’Europe, quartier de Fontbarlettes a 14 h a Valence pour dire non a la xénophobie et Liberté, Egalité, Fraternité

Django Reinhardt : la vie d’un esprit manouche

A Londres, Paris, New York, Montréal ou Lyon, l’année 2010 sera jalonnée de nombreuses célébrations honorant le plus grand guitariste que le jazz ait connu. Un certain manouche nommé Django Reinhardt, qui vit le jour voici exactement 100 ans. Sa passionnante existence fut un roman, dont voici quelques épisodes saillants.

De la route à la zone

Django Reinhardt vint au monde le 23 janvier 1910, dans une roulotte installée dans un pré du village de Liberchies en Belgique. Sa petite enfance fut une vie d’errance dans la tradition manouche. Du Nord au Midi, de l’Italie à l’Algérie. Leur père musicien, Jean Eugène Weiss, était batteur d’estrade et dirigeait un orchestre familial itinérant. Après la première guerre mondiale et le départ de leur père, leur mère, Laurence Reinhardt, élève ses enfants dans la « zone » qui ceinturait le nord, l’est et le sud de Paris, près des « fortifs », à l’emplacement de l’actuel périphérique. Immense bidonville où s’entassaient toute la misère parisienne.

Dès l’âge de 12 ans, Django trouve ses premiers engagements dans les bals musette proches de la zone et joue du banjo. Entre 1922 et 1928, le jeune Django va d’orchestre en orchestre et grave ses premiers enregistrements. En 1928, sa roulotte s’embrase. Il parvient à s’en extraire mais, gravement brûlé, gardera la main gauche estropiée, l’annulaire et l’auriculaire définitivement inertes. Au long d’une rééducation de 18 mois, Django s’empare d’une guitare et invente à trois doigts une technique que beaucoup d’experts jugeront inexplicable.

Ache Moune / Mon frère

La légende veut que Django ait écouté du jazz pour la première fois en 1926 à Pigalle, à l’abbaye de Thélème où jouait l’orchestre de Billy Arnold. Une musique non seulement exotique et nouvelle, mais promesse d’une plus grande liberté que celle offerte par le musette. Mais la véritable révélation eut lieu en 1931, lorsqu’un Django guéri et son frère arpentent à pied la Côte d’Azur à la recherche d’engagements. Ils rencontrent à Toulon l’amateur d’art bohême Emile Savitry, qui s’entiche des deux frères et leur fait découvrir des disques de jazz dans son appartement. A l’écoute d’Indian Cradle Song de Louis Armstrong, Django se serait pris la tête entre les mains, s’écriant « Ache Moune », « mon frère » en manouche.

Le quintette

Une guitare soliste (Django), un violon (le gadjé Stéphane Grappelli), deux guitares rythmiques (Joseph, le fidèle frère, et Roger Chaput), une contrebasse (Louis Vola) : telle est la composition du Quintette du Hot Club de France qui, en 1934, révolutionna le jazz, jusqu’alors voué presque exclusivement aux formations de cuivres. C’est la sensation européenne des années 30, sans cesse en tournée, gravant plus de 200 titres en six ans. Toutes les sommités jazzistiques américaines de passage en France jouent ou enregistrent avec le quintette, notamment Louis Armstrong, Bill Coleman, Coleman Hawkins, etc.

La guerre

Lorsque survient la guerre, Django tourne en Angleterre avec Stéphane Grappelli. Ce dernier décide de rester à Londres, Django préférant rentrer en France. Avec l’occupation allemande, la fertile communauté des jazzmen américains fuit l’Europe. Les rares qui s’obstinent à rester se retrouvent en camps de concentration, tel le trompettiste Arthur Briggs, interné durant toute la guerre.

Symbole de cette période, « Nuages », joué pour la première fois en 1940, connait un énorme succès immédiat. Composition la plus célèbre de Django, ce thème à la fois triste et nostalgique convenait parfaitement à l’air du temps, à une période faite d’appréhension, de grisaille, de couvre-feu et de rationnement. A la fois « madeleine de Proust » et hymne national bis (l’officiel, La Marseillaise, étant interdit par l’occupant).

Toute à la joie de leurs retrouvailles à la Libération, Django et Stéphane Grappelli concoctèrent une merveilleuse version swing de cette Marseillaise (aussi appelée Echoes of France), que les autorités françaises s’empressèrent bêtement d’interdire !

Django Reinhardt s’est éteint le 16 mai 1953 dans le village de Samois sur Seine situé à quelques dizaines de kilomètres de Paris.

Jean-Pierre Bruneau

Source :

http://www.mondomix.com/actualite/597/centenaire-django-reinhardt-la-vie-d-un-esprit-manouche.htm