Du lait, du blé, du fric et des larmes

lundi 9 août 2010
par  Johny BESSY

Alors que la sécheresse grève les coûts de production du lait, les industriels refusent aux producteurs une augmentation du prix du lait. Parallèlement, par la spéculation, le prix du blé a augmenté.

En ce début de mois d’août 2010, le lait et le blé agissent comme des révélateurs du fonctionnement d’un capitalisme dévastateur dans sa version ultralibérale.

Pour les producteurs, le prix du lait devait augmenter au 1er juillet, conformément à l’accord au rabais signé en juin 2009 entre la Fédération nationale de producteurs de lait (FNPL) affiliée à la FNSEA, les coopératives laitières et les transformateurs privés, regroupés dans la Fédération nationale de l’industrie laitière (Fnil). La FNPL voulait obtenir 3,10 centimes d’augmentation, après la forte baisse de 2009. Refus catégorique de la Fnil
qui n’accorde que 1,38 centime par litre sur la paie de juillet.

La FNPL fait valoir que les prix du beurre et de la poudre de lait remontent suffisamment sur les marchés internationaux pour justifier sa demande. Or les coûts de production augmentent en raison de la sécheresse. Les pâturages ne donnent plus d’herbe et les prix des céréales flambent.

Pour le seul mois de juillet, le prix du blé a monté de 38 % sur le marché à terme de Chicago.

Cette fièvre est entretenue par toutes sortes d’opérateurs, notamment les détenteurs de capitaux spéculatifs. Cela consiste à acheter du blé de plus en plus cher avec l’espoir de le revendre plus cher encore, prochainement, quand la spéculation atteindra des sommets. Un jeu auquel certains céréaliers s’adonnent également.

Depuis des semaines, les opérateurs des salles de marché spéculent sur le blé, un œil fixé sur la sécheresse et les incendies en Russie, au Kazakhstan et en Ukraine, sans oublier les inondations dans d’autres pays et les incertitudes de la pluviométrie en Australie et au Canada. Plus la prévision de récolte de la Russie est révisée à la baisse, plus les prix augmentent sur le marché à terme. À Paris, la tonne de blé s’est échangée à 211 euros le 2 août, contre 140 euros début juillet.

Pourtant nous n’allons pas manquer de céréales en 2010-2011. Les stocks mondiaux de report culminent à 197 millions de tonnes, au lieu de 118 millions de tonnes à l’été 2007, date de la précédente spéculation.

Mais comme les décideurs politiques sont aux abonnés absents, il s’agit de stocks privés dans pratiquement tous les pays exportateurs.

Gérard Le Puill

http://humanite.fr/05_08_2010-du-lait-du-bl%C3%A9-du-fric-et-des-larmes-451164

l’Humanité du 6 Août 2010

Patrick Le Hyaric interpelle Bruno Le Maire pour "que le lait soit payé à son juste prix "

Dans un courrier adressé à Bruno Le Maire, Ministre de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Pêche, Patrick Le Hyaric, député au Parlement Européen, Vice-président du groupe GUE/NGL a une nouvelle fois interpelé sur les graves difficultés que connaissent les producteurs de lait.

Les producteurs de lait ont perdu 54 % de leurs revenus en 2009. Aujourd’hui, alors que le prix des produits alimentaires issus du lait augmente, les industriels laitiers refusent toute répercussion de ces augmentations.

M. Le Maire, comme la Commission européenne que Patrick Le Hyaric avait interpelée à plusieurs reprises au cours de l’hiver dernier, avaient affirmé que la stabilité des prix à la production passait par des accords contractuels entre les producteurs, les transformateurs et les distributeurs. Ceci a été fait. Or les industriels de la transformation et de la distribution ne respectent pas leur parole et encore moins cet accord interprofessionnel.

Patrick Le Hyaric a donc demandé à Bruno Le Maire ce que comptait faire le gouvernement, mandataire de l’intérêt général, pour faire appliquer cet accord. Ceci devient d’autant plus impérieux que les conditions climatiques vont encore grever les coûts de production - déjà en augmentation - car les éleveurs devront acheter pour cet hiver plus de fourrage et de céréales pour faire face à leurs besoins.

Ce qui se passe aujourd’hui renforce le Député au Parlement européen dans l’idée de la nécessité de mettre en place d’un prix minimum intra-européen pour un volume donné de production afin de garantir un revenu minimum à tous les producteurs de lait.

Ceci éviterait la concurrence et les différences de prix injustifiées entre les Etats européens, ainsi que des importations abusives contre l’un des grands atouts dont dispose la France : sa production laitière.

Dans l’immédiat le Ministre de l’Agriculture a la responsabilité de prendre l’initiative, avec le ministère de l’Economie et des Finances, pour que l’accord interprofessionnel soit respecté et que le lait soit payé à son juste prix à la production.

http://humanite.fr/06_08_2010-patrick-le-hyaric-interpelle-bruno-le-maire-pour-que-le-lait-soit-pay%C3%A9-%C3%A0-son-juste-prix-4



Extrait du journal France 3 du 13_07_2010
envoyé par ssimonin_pcf_fr. - L’info internationale vidéo.