La dérive…

lundi 2 août 2010
par  Jean Marc DURAND

Alors que le pouvoir est embourbé dans les affaires, alors que ceux qui sont normalement sensés donner l’exemple et faire respecter les lois et les règles de la République, se consacrent à préserver et à faire fructifier la fortune des milliardaires, l’ennemi commun à combattre ce n’est pas l’argent et la course folle à la rentabilité, ce sont les gens du voyage.

Après l’identité nationale, la burka, les jeunes des banlieues, voilà donc celui qui mine le moral des Français, celui qui est la cause du sentiment d’insécurité général : le gitan, le Rom ou « le gens du voyage ». Tout cela présenté de façon à créer une confusion totale alors qu’on dénote par exemple 160 000 gens du voyage de nationalité française.

Une telle campagne prêterait à sourire si cette instrumentalisation n’était pas fondamentalement porteuse de graves risques de dérapage. Désigner des communautés à la vindicte populaire est une méthode certes connue, qui dans des temps pas aussi reculés à fait florès, mais qui a aussi fait beaucoup de dégâts. Rappelons à ce propos qu’entre 1939 et 1945 les nomades de France furent en proportion, parmi les populations les plus touchées par l’internement avec la population juive. Pendant toute cette période, les tsiganes furent privés du droit de se déplacer, nombreux furent internés et déportés. Les préfets furent chargés de faire appliquer ces décrets, certains en profitant pour faire la chasse à d’autres populations « asociales » comme les clochards…

Alors que les difficultés de vie quotidienne s’accroissent pour une part croissante de la population (pouvoir d’achat en chute libre, emplois en berne avec de nouvelles vagues de licenciements pour la rentrée, droits sociaux saccagés…) le pouvoir tente de faire diversion.

Pour cela il n’hésite pas en s’engager sur le terrain d’un faux débat ethnique quitte à faire ressurgir dans une population nourrie au biberon de la désespérance, les pires réactions, les pires comportements.

La société est malade. La burka, l’état de tension latent et palpable qui existe entre les policiers et les jeunes qu’ils soient des quartiers, du voyage ou des lycées expriment un profond malaise social et politique.

Ce n’est pas en renforçant la répression, y compris en envoyant l’armée que les choses s’arrangeront ; sauf à décider d’expéditions dont le solde s’évaluera en nombre de vies brisées. Parmi tous les commentateurs zélés de média sous surveillance, pas un pour relever que la mort frappe de plus en plus jeunes et policiers. Cela semble même leur paraître normal alors qu’une question existentielle se pose à l’ensemble de la société. La vie vaut donc si peu aujourd’hui pour qu’on passe au compte des pertes et profits la disparition brutale de jeunes de 20 ans ou moins, de pères de famille en pleine force de l’âge ?

Dans quel système évoluons-nous, quelles valeurs fondent notre pacte social ? Le système c’est le capitalisme, la loi c’est l’argent. Alors n’est-ce pas le fondement de ce mode de développement qui est à mettre en cause, avec comme objectif l’Homme et le respect de la dignité humaine ? Et respecter l’Homme c’est reconnaître pour chaque individu quelles que soient ses origines, sa religion, sa philosophie, le droit de disposer des moyens de vivre c’est-à- dire de se nourrir, de s’éduquer de se soigner et de consacrer le temps nécessaire à l’épanouissement de toute sa personnalité. À la fois condition et conséquence d’une société nouvelle, cette reconnaissance participerait de l’établissement de rapports sociaux dégagés de toutes les formes d’exploitation et de domination.

Jean-Marc DURAND.