La bataille des retraites : un combat bien engagé, long et gagnable.

vendredi 2 juillet 2010
par  Jean-Luc FARGIER

Sans ambiguïté possible, il existe dans le pays une opposition populaire et majoritaire à la réforme Woerth-Fillon-Sarkozy. Ce puissant mouvement de fond est porté par un front uni de toutes les Gauches, de toutes les organisations syndicales, de nombreux mouvements associatifs, caritatifs, laïcs, civils et confessionnels, par de multiples personnalités reconnues et surtout par des dizaines de millions de français ; tous (ou presque) les sondages en attestent.

La brutalité de la réforme, la précipitation avec laquelle le gouvernement voudrait la faire passer donne une illusion de force et de confiance dans la démarche. Rien n’est plus faux.

L’existence de ce projet n’a pas d’autre argument valide que celui d’être en concordance et cohérence avec les plans de rigueurs et/ou d’austérités déployés par les autres gouvernements européens conduisant des politiques de droite. Le président Sarkozy lui-même l’a dit en 2008, il n’a aucune légitimité à engager une réforme de cette ampleur car il ne l’a pas présenté dans son projet politique lors de la campagne présidentielle.
C’est vrai, entre ce qu’il dit et ce qu’il fait, il y a tout un monde… sauf avec ses amis friqués pour qui il tient toutes ses promesses. Encore une bonne raison pour combattre ce présidentialisme qui mine notre république.

Ainsi tous (ou presque) s’accordent pour dénoncer un projet injuste, néfaste et inefficace. Sauf à le soumettre très officiellement aux électeurs par voix référendaire, il doit être abandonné et retiré définitivement, immédiatement. Toute autre option relèverait d’un coup d’Etat, d’un acte dictatorial… qui pourrait ensuite en appeler d’autres... sur l’Assurance Maladie, par exemple, dont le déficit est bien supérieur à celui du régime des retraites. (« Pour 5 milliards € de déficit, il a fallu faire une réforme douloureuse, alors vous imaginez bien que pour plus de 25 milliards... y a même pas à discuter ! »)

Par conséquent, la réforme Woerth-Fillon-Sarkozy, c’est non ! Et 3 fois non !

Comme l’a affirmé notre congrès, la priorité n°1 est que ce projet ne doit pas faire un pas de plus ! Durant l’été, les communistes vont axer leurs activités sur la question des retraites et mener la bataille des idées ; ils proposent de joindre, à chaque occasion, l’utile (les débats) à l’agréable (les manifestations conviviales et festives).

L’objectif du PCF d’ici à la rentrée parlementaire d’automne est de recueillir au moins 100 000 signatures de soutien au projet de loi déposé par les députés communistes et du PG.

Le contenu et les propositions de ce projet (assiette de cotisation, taxation financière, emplois, salaires…) sont des supports aux débats publics qu’il nous faudra relancer et amplifier. Cent milles signatures, cela représente les 2/3 des adhérents du PCF ; les rencontrer, discuter avec eux et recueillir leurs signatures ne constituerait-il pas une démarche prioritaire pour tous les militants et responsables du parti ?

La fête des Allobroges du 29 août et la fête de l’Humanité des 10,11 et 12 septembre prochain seront des rendez-vous de toute première importance pour donner une nouvelle et forte impulsion à notre campagne.

D’autres échéances majeures sont programmées par le mouvement syndical unitaire (sauf FO pour le moment qui fait cavalier seul), comme par exemple le 13 juillet (présentation du projet de loi en conseil des ministres), et surtout le 7 septembre (présentation du projet gouvernemental à l’assemblée nationale). L’autre temps fort sera sans aucun doute la manifestation européenne du 29 septembre à l’appel de la Confédération Européenne des Syndicats pour combattre les plans de régression sociale mis en œuvre dans la quasi totalité des états européens ; cette action de grande ampleur constituera un acte politique majeur face aux instances européennes ultralibérales, à la BCE et aux gouvernements nationaux complices.

Les communistes, avec si possible tout le front de gauche et bien au-delà, ont une responsabilité particulière pour pousser le débat le plus loin possible. Pourquoi nous particulièrement ? Depuis plusieurs années, voire des décennies, (en fait depuis toujours), des forces réactionnaires, sous différentes formes et couleurs, conduisent une politique de laminage, de déconstruction méticuleuse des Services public et de la protection sociale solidaires (Retraites, l’Assurance Maladie) ; il s’agit là des plus beaux fleurons d’une certaine idée du communisme, les acquis de 1936, de 1945 et de 1981. Ces conquêtes sociales sont ancrées au plus profond de nous même.

Bien au-delà des conquêtes sociales, c’est un choix de société qui est posé, d’un côté la répartition équitable des richesses, la démocratie, la solidarité des générations ; et de l’autre, l’accumulation capitaliste, les profits, les égoïsmes et le pouvoir par l’Argent.

Une question philosophique : quels sens pour la vie humaine ? Aliénations à l’Argent et à ses critères de rentabilité, ou Emancipations des capacités et des qualités humaines ?

Une réforme du financement de la protection sociale sera nécessaire. Mais pas de précipitations. Analysons d’abord, débattons ensuite, décidons enfin. Celle-ci doit se poser en des termes les plus objectifs possibles.

D’abord parce que le PIB national aura doublé, sauf catastrophe, dans 40 ans, que ce même PIB rapporté aux actifs et retraités réunis aura cru de 55% pour chacun d’entre eux. Alors comment pourrions-nous concevoir (voire imaginer) un pays de plus en plus riche dont les résidents verraient leurs conditions de vie et leurs droits sociaux régresser ? Cette question en suscite une autre : Dans un pays où les habitants vivraient de plus en plus durement, comment ce pays pourrait connaitre une croissance saine, durable, et sur quelle base ?

Ainsi donc, il existe potentiellement les moyens de financer nos besoins sociaux et la protection sociale dont les retraites. C’est ensuite une affaire (incontournable, sérieuse et importante) de mécaniques et d’outils : cotisation, assiette, taxation…
Le financement nécessaire des retraites dans 30 ou 40 ans peut raisonnablement s’envisager dans le cadre d’une croissance économique ; mais de quelle croissance s’agit-il ?

Toutes les analyses économiques constatent un doublement du PIB en 40 ans ; sur cette base, le système actuel des retraites est viable. Dans cette projection de croissance, le PIB devrait être de 3000 md’€ en 2040 (1500md€ en 2000 et 750 en 1960). Or en 2009, il frôle déjà les 2000 md€, donc un taux de croissance bien plus élevé ; à ce rythme, en 2040, c’est plus de 4450 md€ de PIB, soit + 50 % que prévu. En première analyse, c’est très, très confortable. Mais comme nous l’avons constaté et déploré ces dernières années, ce n’est pas tant l’économie réelle (la production et l’industrie en particulier) qui a flambée, mais les valeurs foncières et financière. Donc danger !

Il y a des risques dans cette financiarisation de l’économie : le profit « facile », la perte des valeurs, notamment du respect pour le travail bien fait, de l’effort individuel et collectif, de la recherche scientifique et technologique, de la qualité des produits, au profit (c’est le cas de le dire) d’une activité économique focalisée sur la performance financière, la spéculation, la prévision de rendement, la réactivité des marchés… une compétition livrée par des mercenaires de la finance (les traders) au profit de gros détenteurs de capitaux, au détriment des populations qui servent cycliquement de bouclier humain face aux tsunamis financiers provoqués par l’explosion des bulles financières de la sur accumulation de capitaux.

Cependant, l’OFCE et Science Po notent que l’industrie continue d’occuper une place centrale dans l’économie Française. C’est rassurant. Ils pointent pourtant l’insuffisance de l’effort de recherches et développement, ainsi qu’un besoin de coopération. C’est déjà très préoccupant.

Comme effets délétères de la financiarisation des régimes de retraites au travers des fonds de pension, Serge Halimi montre en exemple, dans un article du Monde diplomatique de juillet, le lien fort et emblématique qui existe entre BP (avec sa gestion désastreuse de la sécurité sur ces plateformes pétrolières, sans doute vrai pour d’autres compagnies) et les fonds de pensions britanniques, détenteurs de parts énormes dans le capital de BP, qui exigent et reçoivent des rendements élevés pour leur placements financiers (qui viennent de perdre 48% de leur valeur en 2 mois). L’un et l’autre sont aujourd’hui dans une extrême difficulté. Nous ne pleurerons pas sur leur sort. Le pire étant la catastrophe écologique, le désastre économique pour les pêcheurs du golfe du Mexique et une perte énorme de revenu pour des millions de retraités britanniques.

Sachons tirer toutes les leçons de cette calamité pas naturelle du tout. Le petit jeu de massacre de la spéculation financière est incompatible avec les activités humaines quand l’équilibre écologique, la gestion des réserves vitales et des ressources pécuniaires des plus humbles sont en question.

Encore une très bonne raison pour défendre et améliorer notre système de retraite par répartition.

Les gaziers et électriciens d’ERDF-GrDF viennent de rejeter un accord sur un plan de retraite supplémentaire sous la forme de capitalisation. Leur niveau de retraite n’est pourtant pas mirobolant ; ils ont pourtant refusé un complément (peut être juteux, en fonction de la Bourse) ; ils toucheront le minimum légal : 1% de majoration au départ en retraite. C’est un acte politique fort, digne et courageux. Je les en félicite.

Jean Luc FARGIER - Valence