l’IVG garde une place fragile dans notre système de santé

mercredi 30 juin 2010
par  PCF Drôme

Question orale posée au Sénat par Mme Michèle André, sénatrice PS du Puy de Dôme présidente de la Délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes, auteur de la question et extrait de l’intervention d’Odette Terrade ; sénatrice communiste du Val de Marne

Mme Michèle André( Sénatrice PS du Puy de Dôme) :

"Nous partageons, madame le ministre, la conviction que le droit à disposer de son corps est constitutif d’une société égalitaire. Le rapport de l’Igas nous est parvenu 35 ans après la loi Veil.

Même si beaucoup reste à faire, les avancées sont considérables. Grâces soient rendues à tous ceux qui ont mené bataille contre les préjugés et les conservatismes ; mais encore aujourd’hui, il y a des groupuscules anti-IVG et certains médecins sont réticents à accomplir des IVG. Je rends également hommage aux réseaux du Planning familial et aux associations qui œuvrent pour informer les femmes en la matière.
(….)
Pourtant, les crédits affectés aux associations d’information ont été réduits. Faudra-t-il se mobiliser chaque année pour conserver simplement les moyens de leur fonctionnement ?
(…)
Alors que le choix des femmes devrait être respecté, le recours médical dans certains établissements ne respecte pas leur vœu. Qu’allez-vous faire pour éviter la fermeture de nouveaux centres d’IVG ? (Applaudissements sur de nombreux bancs)

Intervention d’odette Terrade

Je félicite Mme André d’avoir posé cette question. L’enjeu méritait un autre hémicycle, mais comme il ne s’agissait que de femmes, la Salle Médicis a été jugée suffisante ! (Exclamations à droite)

Des évolutions législatives et réglementaires ont permis de nets progrès. Toutefois, le maillage territorial est loin d’être assuré.

L’Ile-de-France est particulièrement touchée, avec 56 255 IVG en 2006, avec une diminution du nombre d’établissements pratiquant des IVG, de 176 à 124. La situation est catastrophique dans certains endroits : ainsi, un tiers des habitantes du Val-de-Marne ont dû aller dans des départements voisins, faute de places disponibles. Il n’y a que trois établissements publics et cinq établissements privés pratiquant l’IVG dans mon département !

Madame la ministre, quand allez vous cesser de fermer les yeux sur les menaces très graves qui pèsent sur l’accès à l’avortement et à la contraception ?
Mme Veil s’est dite inquiète de la situation actuelle ; la réforme de l’APHP (Assistance Publique-Hôpitaux de Paris) et la loi « Hôpital Patient Santé et Territoires » ont eu des effets désastreux sur l’accès à l’IVG.

On recourt ainsi à des IVG médicamenteuses sans accompagnement médical suffisant. Les femmes du XXe arrondissement sont dirigées vers l’hôpital Saint-Antoine, dans le XIIe, dont le centre d’IVG est condamné à fermer à court terme.

Trop souvent, on fait attendre ces femmes dans des salles tapissées de photos de bébés et de conseils aux futures mères !

Fragile, soumis aux pressions économiques des établissements, et des actions anti-IVG, l’interruption volontaire de grossesse demeure encore et toujours, 40 ans après sa légalisation, un parcours d’obstacle et l’application de son droit est loin d’être garanti à toutes les femmes qui le souhaiteraient. Les victimes en sont d’abord les plus précaires, et les plus jeunes d’entre elles. Le pourcentage de mineurs avortant ne cesse d’augmenter. Certains anesthésistes refusent d’intervenir sans l’accord parental. Ces jeunes filles sont pourtant en souffrance, face à une décision complexe.

Le droit à la contraception n’est pas un libre choix possible, quand la méthode la plus adaptée est aussi la plus chère et la moins remboursée. La liberté de disposer de son corps ne doit pas bénéficier aux seuls laboratoires pharmaceutiques. Combien de jeunes, filles ou garçons, sont mal informés ! Qu’allons-nous faire pour améliorer cette situation ?

Depuis les lois Neuwirth et Veil, contraception et IVG sont reconnues comme des droits des femmes. Encore faut-il que ces droits soient reconnus dans les faits. Quelles actions allez-vous mener en ce sens ? (Applaudissements à gauche)

l’intégralité du débat en cliquant sur :
http://www.senat.fr/cra/s20100615/s20100615_5.html