Une Expo virtuelle sur la communaute de travail BOIMONDEAU

Réseau de lecture publique de Valence AGGLO
dimanche 28 mars 2010
par  Jean-Michel BOCHATON

Jeudi dernier, la médiathèque de Valence, membre du réseau de lecture publique de la toute nouvelle communauté d’agglomération "Valence AGGLO" organisait l’inauguration d’une expo virtuelle portant sur la communauté de travail Boimondeau qui a marquée Valence .

Jean-Michel Bochaton , vice-président en charge de la Culture a "Valence Agglo" participait a cette initiative.

Cette intéressante initiative retrace la mise en place par Marcel Barbu, industriel horloger catholique et progressiste installé a Valence d’une communauté de travail qui deviendra la plus importante de France , qui inspirera ensuite nombre d’expériences autogérées dont LIP.

Avant la dernière guerre , Marcel Barbu réfléchit progressivement à une nouvelle conception du travail où ce dernier doit être source d’épanouissement pour chaque travailleur et sa famille.

Refusant de donner la liste de ses salariés pour le STO, Marcel Barbu est arrêté, emprisonné . En représailles, son usine est brûlée par les autorités allemandes .

Le premier cercle de salariés partent clandestinement s’installer au maquis, dans une ferme sur le plateau à Combovin.

Là, cette poignée d’hommes et de femmes découvriront , l’autogestion, la nécessité pour chacun de s’organiser, de décider collectivement, de fabriquer de ses propres mains tout ce qui est nécessaire à cette vie collective. La ferme continuera dans des conditions difficiles d’être un lieu de production, d’innovation sociale et technique.

A la libération, l’usine de Valence est reconstruite par les compagnons et peu à peu, le nombre de personnes travaillant dans l’entreprise croît.

Marcel Barbu est un innovateur en horlogerie puisqu’ il déposera un brevet sur le procédé rendant les boîtiers de montres étanches ce qui donna, à la sortie de la guerre, à la Communauté de travail une longueur d’avance technologique.

L’entreprise s’appellera BOIMONDAU pour BOItiers de MONtres du DAUphiné.

D’essence catholique, la base de cette communauté de travail est fondée sur "la Règle" , long document qui régit les modes de fonctionnement, les valeurs, les objectifs de la communauté (feuille de paie du compagnon calculée au travail fourni, à la pratique sportive, à l’élévation des connaissance et la lecture, à la formation, à la participation hebdomadaire au groupe de réflexion, participation à la production de légumes pour les familles en dehors du travail, etc..). Les épouses non salariées étaient aussi bénéficiaires des fruits du travail de la communauté ainsi que les enfants.

A la sortie de la guerre, Marcel Barbu le catholique entrera en conflit sur les évolutions de la communauté avec Marcel Mermoz qui lui est plus imprégné des thèses anarchistes et communistes. Finalement Marcel Barbu quitte la communauté de Travail et c’est Marcel Mermoz qui en deviendra le chef.

Dans l’entreprise , on retrouve 2 type de travailleurs : le Compagnon qui s’inscrit dans l’esprit de la mise en œuvre de la "Règle" et de la Communauté de Travail et les salariés qui s’inscrivent dans le rapport au travail comme dans toute autre entreprise.

Cette communauté de Travail Boimondau vivra près de 30 ans.

Progressivement, de quasiment exclusif, le noyau des compagnons se rétrécira et la part des salariés "normaux" grandira au point que l’objet même de la communauté se diluera. Dans un contexte économique difficile BOIMONDAU déposera le bilan en 1971.

"Le retentissement de cette expérience unique en son genre inspira près de 30 expériences en France, Belgique et en Suisse" indiquait Jean-Michel Bochaton dans son intervention d’accueil. "BOIMONDAU a ouvert la voie d’un dépassement du productivisme en cherchant comment mettre les hommes et les femmes au centre de la gestion. Ici le travail n’étant qu’un moyen de l’émancipation". L’élu souligna l’importance en 2010 de s’inspirer de cette recherche d’autres rapports sociaux au sein des entreprises au moment ou le marchand prime sur tout le reste.

Cette expo "virtuelle", la première du genre créée de bout en bout par la médiathèque de Valence, est le résultat d’un important travail d’inventaire et de valorisation. En effet, la Médiathèque Publique et Universitaire de Valence est dépositaire des archives de la communauté Boimondau depuis 1980. Ce fond a été enrichi à partir du don de Henri Desroches en 2005 puis par celui de l’Association des compagnons et amis des communautés de travail autogérées en 2006.

C’est le pôle Monde et Région de la médiathèque qui a conçu cette expo sous la houlette de Jean-Pierre Vey, épaulé par mesdames Rose Marie Buis et Aurélie Barral. Les éléments de l’expo virtuelle sont accessibles par internet de n’importe quel ordinateur.

A partir d’une diversité de supports, l’expo s’appuie sur les manuscrits, les photos, les enregistrements sur fils magnétiques d’époque, sur des vidéos de témoignages, sur des discours et compte-rendu de réunions internes a la communauté.

On peut utilement accéder a l’expo virtuelle sur le site de la Médiathèque de Valence :

www.bm-valence.fr