L’Etat et les marchés financiers

jeudi 18 juin 2009
par  PCF Drôme

Il y a peu, un internaute a demandé à Valéry Giscard d’Estaing, sur le site internet de l’ancien président de la République, pour quelle raison, il a, en qualité de ministre des Finances, engagé, en 1973, une réforme du statut de la Banque de France lui interdisant désormais de racheter les titres de la dette publique française .

Cette disposition, qui a exclu tout financement des politiques publiques par la Ban­que centrale, a été reprise dans les statuts de la Banque centrale européenne. La réponse de Giscard en dit long sur le rôle joué par l’État, en France et dans le monde, dans le développement des marchés financiers. « Il s’agissait à l’époque, a-t-il répliqué, de constituer un véritable marché des titres à court, moyen et long terme, qu’il soit émis par une entité privée ou publique. »

À la fin des années soixante, après la phase de croissance de l’après-guerre, alors que commencent à se manifester les signes de la crise de longue durée du capitalisme, notamment au travers des grandes luttes sociales et politiques de ces années-là, les principales puissances capitalistes engagent des transformations qui vont changer la face du monde.

En 1971, le gouvernement américain décrète la fin de la convertibilité du dollar en or. En 1976, les accords de la Jamaïque instituent le flottement des grandes monnaies. En 1979, la banque centrale des États-Unis annonce une nouvelle politique monétaire qui propulse vers les sommets les taux d’intérêt et qui fait tache d’huile.

Ces changements de politique monétaire visent à attirer des capitaux pour financer la dette des États et aussi pour permettre aux grands groupes de s’internationaliser davantage et de s’engager dans la révolution technologique qui commence. Chaque grande puissance essaie de capter des ressources en interne et en externe en déve­loppant son propre marché financier.

La réforme des statuts de la Banque de France s’inscrit dans le cadre de cet affrontement international pour drainer l’épargne mondiale. Les multinationales sont confrontées régulièrement à des problèmes de rentabilité, ce développement des marchés financiers leur permet de disposer de ressources pour engager de vastes opérations internationales (OPA, OPE…) et de redresser leurs profits grâce aux gains permis par les énormes placements en titres réalisés. Après la suraccumulation de capitaux matériels, on assiste à la suraccumulation de capitaux financiers à l’origine de la crise actuelle.

Que faire pour surmonter celle-ci ? Dégonfler les marchés financiers et promouvoir le développement humain. Dans cette perspective, il faut, notamment, que la Banque centrale, celle de l’Europe aujourd’hui, change de cap en alimentant l’économie en crédits sur des critères d’efficacité sociale prenant en compte les besoins d’emploi et de formation et en contribuant au financement des dépenses publiques, dès lors qu’elles sont utiles, notamment au travers de nouveaux services publics, français et européens.