Entreprise : quels pouvoirs d’intervention des salariés ?

mercredi 29 avril 2009
par  Les Allobroges de la Drôme

Intervention des salariés

Des salariés consultés en permanence

Par Robert Nicaise, directeur de l’usine Ceralep, à Saint-Vallier dans la Drôme.

Comment est née la coopérative Ceralep ?

Robert Nicaise : En 2000, le groupe Ceram a été racheté par PPCI, un fonds de pension américain. Très vite nous comprenons que celui-ci est intéressé uniquement par le carnet de commandes et la clientèle. En moins de trois ans, l’usine de Saint-Vallier, spécialisée dans la fabrication d’isolateurs électriques, est poussée au dépôt de bilan. En janvier 2004, elle ferme après une mise en liquidation judiciaire. L’administrateur n’avait fait aucun effort pour trouver un repreneur.

Mais les salariés, très mobilisés, se réunissent en assemblée générale chaque jour. La CGT ne veut pas que l’entreprise ferme. La communauté de communes met à notre disposition un local d’où, malgré les manoeuvres de PPCI, nous pouvons rester en - relation directe avec nos clients. Nous réussissons à livrer certaines commandes. Et nous recevons le courrier. C’est ainsi que nous - apprenons que l’un de nos produits est - homologué par le Commissariat à l’énergie atomique. C’est un encouragement, nous ne pouvons imaginer que Ceralep s’arrête.

Créer une coopérative devient la seule solution.

Comme secrétaire CGT du comité d’entreprise depuis une trentaine d’années, je me suis alors mis en relation avec l’union régionale des Scoop.

Pour constituer le fonds de roulement, les structures coopératives ont pu réunir 900 000 euros. Sur les quatre-vingt-dix salariés, cinquante-deux ont été d’accord pour repartir en prenant des parts entre 300 et 3 000 euros. Il nous restait 49 000 euros à trouver. Nous avons fait appel à la solidarité et il y a eu huit cent deux donateurs, dont beaucoup de retraités de - Ceralep.

Le soutien de la communauté de communes, du préfet, a été important aussi pour redémarrer. La première année (2004-2005), nous avons eu un résultat positif de 120 000 euros ; en 2006, 130 000 euros ; en 2007, 630 000 euros, ce qui nous a permis de faire un plan d’investissement de 900 000 euros ; en 2008, 160 000 euros. Ceralep compte aujourd’hui soixante-deux salariés. Seize jeunes ont été embauchés puisqu’il y a eu aussi des départs en retraite.

Ceralep n’étant pas liée au capitalisme - financier, êtes-vous mieux armés pour résister à la crise ?

Robert Nicaise : Nous n’avons pas des actionnaires qui prennent la moitié du résultat. C’est un facteur de motivation qui fait que, depuis le début de la coopérative, la productivité a augmenté. Actuellement, notre carnet de commandes est de 2,75 mois. L’idéal serait 3,5 mois. Nous ne sommes pas inquiets mais attentifs.

Tout le monde est au courant de la situation. Quoi qu’il en soit, notre conseil d’administration est très clair sur le sujet, il ne serait pas question de licencier. Et nous ne pouvons être rachetés ou délocalisés. Cela donne une sécurité.

Que veut dire, pour les salariés d’une telle entreprise, participer à la gestion ?

Robert Nicaise : Les salariés actionnaires sont en permanence informés, consultés. Et c’est le conseil d’administration, réuni tous les deux mois, qui décide. Il n’y a plus de double langage comme avant.

Quand on a fait ce plan d’investissement, je passais chaque jour dans les ateliers pour en discuter. Personne n’a été surpris quand je l’ai présenté au CA. Autrement, la gestion se fait comme dans une société traditionnelle.

Mais l’échelle des salaires va de un à deux et demi, et c’est le responsable commercial, plus jeune que moi, qui a le plus élevé. Il y a aussi des syndicats. Toutes les revendications salariales ont été acceptées. Nous avons eu 2 % d’augmentation en 2009, 2,5 % en 2008, 4,5 % en 2007.

Quelles sont les conditions à réunir pour que la coopérative soit une solution ?

Robert Nicaise : Ce n’est pas la solution miracle. Ce qui a été décisif pour nous, c’est la qualité des produits de Ceralep, reconnue au niveau mondial. Et le fait que nous soyons seuls en France dans notre métier. Nous pouvons dépanner EDF en trois jours, alors qu’il faut des semaines pour faire venir un isolateur de Chine.

Ce n’est pas parce qu’une entreprise est en difficulté qu’elle peut se transformer en coopérative, mais il faut penser à cette solution. Si nous ne l’avions pas fait, le 31 janvier 2004, c’était fini pour Ceralep. Il faut être convaincu, trouver des moteurs à l’intérieur de l’entreprise.

Entretien réalisé par Jacqueline Sellem.

Article de l’Humanité du 25 avril 2009